Formation et élaboration : construire une « bibliothèque virtuelle » de référence ROUSSET Pierre

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Formation et élaboration : construire une « bibliothèque virtuelle » de référence[Europe Solidaire Sans Frontières] Formation et élaboration : construire une « bibliothèque virtuelle » de référence
Cette note a été écrite à référence aux traditions politiques issues en France de la LCR ou, plus généralement, de la Quatrième Internationale. Par les questions qu’elle soulève, elle n’en concerne pas moins des milieux militants plus large.

La question de la formation et de l’élaboration se pose à des niveaux différents – et différemment suivant les pays. Les propositions qui suivent s’attachent à la formation « de fond » – ou au point de rencontre entre formation et élaboration – dans une perspective internationale.

Je n’aborde donc pas les problèmes particuliers que pose la formation « élémentaire » ou « initiale ». Plus que tout autre, elle doit renvoyée à des données connues et être adaptée à l’expérience vécue par une génération dans un pays et une région donnés. De plus, si ma mémoire ne me trahit pas, je pense que nous avons eu du mal, dans le passé, à produire du bon matériel de formation « élémentaire » qui a dû vieillir rapidement.

L’axe des proposition est en quelque sorte la constitution d’une « bibliothèque virtuelle » plurilingue de textes de référence sur un vaste éventail de questions. Il ne s’agit pas de créer un nouveau site Internet, mais d’utiliser à cette fin le réseau des sites « amis » qui en seraient d’accord, tels que IVP et Inprecor, IIRF et ESSF, Punto da Vista et le « portail » Quatrième Internationale en construction, Marxsite et ContrTemps…

Constat

On peut partir du constat suivant :

- Il n’y a aujourd’hui pas ou peu de processus spontané de formation de fond dans les milieux militants – ce type de formation demande donc un effort volontariste soutenu.

- Pour que des textes soient accessibles et largement utilisés, ils doivent être disponibles sur Internet. Des distributions de photocopies lors des sessions de formation ne suffisent pas !

- Il y a énormément de choses sur Internet mais peu de moyens pour trier ce qui est disponible ; il est donc difficile de ne pas être noyé dans le labyrinthe de la Toile.

- Les écrits de bon nombre d’auteurs marxistes « classiques » ont été digitalisés et mis en ligne sur des sites assez faciles à découvrir. En revanche, beaucoup de textes militants importants des années 1960-1990 ne sont toujours disponibles que sous forme imprimée, introuvables si ce n’est par des rats de bibliothèques.
- Sur beaucoup de questions, nous n’avons pas de textes de présentation « systématique » – ou alors, ils sont bien souvent assez réduits (plans de cours, fiche de formation) ou, écrits voilà vingt ans, sont aujourd’hui « datés » et gagneraient à être repris.

- En dehors des auteurs « classiques » et des résolutions des Congrès mondiaux, il y a finalement peu de textes de fond qui soient disponibles en plusieurs langues – ce qui veut dire que dans une large mesure, nous ne lisons pas les mêmes choses selon les groupes linguistiques.

- Le fossé de génération est aujourd’hui particulièrement prononcé parce que la période a radicalement changé (à partir des années 1990) et parce qu’il y a un point de faiblesse dans la succession des générations militantes : le creux des années 80 – les « cadres » qui ont aujourd’hui dans les cinquante ans. Ce que je souligne ici n’est pas nécessairement vrai dans tous les pays, mais il signifie que bien souvent, il y a eu peu de transmission (critique) des expériences par « capillarité », en continuité.

Propositions

De ce constat découle les propositions suivantes :

- Que des notices bibliographiques soient préparées pour aider à trouver dans la jungle d’Internet des textes de références sur un sujet donné : une sélection très brièvement présentés (« analyse historique », « introduction théorique », « confrontation de points de vue »… en indiquant la longueur des textes) et donnant les liens URL de ces textes (il peut y avoir plusieurs liens vers plusieurs sites pour un même texte).

- Que ces notices soient mises en lignes sur un réseau de site amis sous un intitulé commun qui facilite leur identification (« Conseils de lecture sur… ») et de façon à être aisément trouvées (rubrique apparaissant en page d’accueil ?).

- Que des textes « anciens » (notamment des années 1970-1980) soient retrouvés, sélectionnés en fonction de leur intérêt rétrospectif, digitalisés et mis en ligne.

- Q’un travail de rédaction spécifique soit entrepris de façon plus systématique que cela n’est le cas actuellement tant en ce qui concerne l’histoire des luttes populaires et des révolutions que des thèmes (question nationale, oppressions et genres, écologie, Etat et pouvoir, évolution du salariat, etc.). Plusieurs textes d’auteurs différents peuvent évidemment traiter du même sujet, sous des angles variés.

- Qu’un effort systématique de traduction soit entrepris pour qu’autant que possible de ces textes d’hier et d’aujourd’hui soit disponibles au moins en anglais, espagnol et français.

Pour tout cela, il faut :

- Une petite équipe de pilotage pour la recherche des textes existants dans les diverses langues et pour inciter les auteurs à écrire (entre autre) ce dont on a besoin en ce domaine.

- Un réseau de militant prêt à passer au lecteur de caractères des textes qui n’existent que sous forme imprimée.

- Un élargissement du réseau de traducteurs/trices qui va – par ailleurs déjà très sollicité.

Suggestions

Trois suggestions personnelles concernant l’angle sous lequel certains textes de synthèse peuvent aujourd’hui être écrits.

- Sur l’histoire des luttes et des révolutions : il me paraît utile de privilégier d’abord l’exposé historique, l’analyse des processus historiques, pour reconstituer un socle partagé concernant « ce qui s’est passé dans l’histoire ». C’est par exemple ce que j’essaie de faire concernant les révolutions et luttes asiatiques : Chine (déjà mise en ligne), Thaïlande et Philippines (bientôt prêtes), Cambodge et Vietnam (à venir). Il nous faudrait cela pour Cuba, Nicaragua, Algérie, Russie, Yougoslavie, etc. Il y a probablement dans certains cas des textes anciens tout à fait réutilisables aujourd’hui, mais je crains que cela ne suffise pas et que cela soit plutôt l’exception que la règle. Sur la base de ce socle d’analyse historique, on pourra reprendre et renouveler la réflexion « conceptuelle ».

- Sur les questions théoriques : en plus des exposés systématiques (« La question nationale »), il me paraît très utile que les dernières buttes témoins des décennies 1960-1980 (ce qui reste actif de ma génération militante) retracent l’évolution de nos conceptions/visions : comment se sont-elles modifiées en deux ou trois décennies. C’est, il me semble, une façon vivante de restituer ce que furent ces décennies et d’introduire de façon dynamique (et non statique et dogmatique) une pensée fondamentale. Chacun peut le faire dans les domaines qui lui sont les plus familiers (de la notion d’histoire ouverte à l’analyse des mouvements sociaux).

- La question des sociétés de transition (« post » capitaliste mais pas seulement) me semble l’une de celle qui mérite spécialement d’être retravaillées.

En écrivant cela, d’autres questions surgissent immédiatement, mais arrêtons-là…

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Tout cela représente un travail à long terme. L’important est qu’il débute…

Pierre Rousset

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