Le plan de sauvetage

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Afin de mettre un terme au cercle vicieux de l’endettement de la Grèce, les gouvernements européens réunis le 9 mai ont décidé de prêter en urgence 110 milliards d’euros sur trois ans à un taux inférieur à celui du taux d’emprunt grec (tout en prenant une marge au passage), en échange de la mise en place d’une politique brutale de rigueur salariale et d’austérité budgétaire.


 Le plan de sauvetage européen permet-il de résoudre les problèmes ?

Le « plan de sauvetage » européen est en grande partie un plan destiné à « rassurer les marchés financiers » et à préserver leurs créances. On l’a vu précédemment, l’hypothèse que la Grèce, étouffée par la spéculation sur sa dette, fasse défaut de paiement aurait été catastrophique pour les marchés financiers, qui une fois de plus ont montré l’étendue de leur irresponsabilité. Le « plan de sauvetage » européen est la parfaite illustration du principe néolibéral selon lequel il faut « privatiser les profits, socialiser les pertes ».

Car pour « rassurer les marchés financiers », il faut accabler les peuples. Autrement dit, plutôt que de restructurer les marchés financiers, on restructure les travailleurs grecs. Le « plan d’austérité » qui accompagne la somme versée par les gouvernements européens, permettra principalement de rembourser les intérêts aux investisseurs.

Il aura des conséquences dramatiques sur le niveau de vie des grecs : L’âge de la retraite reculé à 67 ans, la baisse des pensions de 7%, les salaires diminués de 15% dans le secteur public, les licenciements facilités dans le privé, la TVA augmentée de 2 points… Et il hypothèquera par ailleurs une éventuelle relance de l’économie grecque, en sabrant la consommation intérieure.

Tous les pays européens vont être amenés à mettre en œuvre des politiques de rigueur. La réforme des retraites, en France, est à ce titre exemplaire. Ces politiques seront socialement injustes – elles vont peser sur les couches sociales les moins favorisées – et seront aussi économiquement inefficaces, car elles vont conduire à une dépression générale en Europe, aggravant les déficits et dettes publics.

Que traduit la crise grecque au niveau de la construction européenne ?

Tout d’abord, la crise grecque pointe les défauts d’une construction européenne qui s’est forgée dans l’application bornée de la doctrine néolibérale :

- L’Union européenne organise depuis les années 1980 le dumping fiscal et social en Europe, ce qui pèse sur les capacités de financements par l’impôt des budgets publics, sur les salaires.

- Pour financer leur dette, les États ne peuvent pas avoir recours à la Banque Centrale européenne [1] : ils sont condamnés à demander l’aumône chèrement payée aux institutions financières.

- Le Traité de Lisbonne empêche tout transfert budgétaire entre les Vingt-sept, qui permettrait de mettre en place une solidarité économique pour compenser les difficultés de certains Etats.

- L’Union européenne s’est révélée incapable de réguler l’action des fonds spéculatifs et le marché des CDS qui ont contribué de manière considérable à l’aggravation de la crise grecque.

La création d’un fonds monétaire européen visant à garantir les dettes publiques auprès des marchés ne s’accompagne pas de mesures visant à réguler le fonctionnement des marchés financiers, qui sont bien les responsables de la crise. Il risque de peser encore davantage sur la dette publique des États européens, et justifier des plans d’austérité d’autant plus sévères que le problème n’est pas traité à sa source.

Le changement d’orientation de la BCE - en contradiction avec le traité de Lisbonne - qui s’est enfin décidée à soutenir les États en cas de difficultés financières, représente une avancée insuffisante. Mais elle montre qu’il est possible de mener aujourd’hui une politique considérée comme impossible hier.

Enfin, la récente proposition de Merkel et Sarkozy vise à renforcer davantage le pacte de stabilité (mesures contraignantes sur les déficits publics). Cette mesure est un contresens total. Il s’agit de sanctionner toujours davantage d’éventuels déficits publics, d’instaurer une surveillance accrue des économies des États afin de « conserver la confiance des marchés ».

La seule politique permettant une sortie vers le haut de la crise serait une réforme en profondeur des institutions et des objectifs de la construction européenne. Il faut aller vers une Europe solidaire et écologique, à l’opposé du système économique et social actuel qui est en crise.

Comment s’y prendre ? Voir "les propositions d’Attac"

Références :

Plan d’« aide » à la Grèce : un ajustement féroce et inutile, par Attac France : http://www.france.attac.org/spip.php?article11240

Grèce : « un profond sentiment d’injustice et de révolte » contre « un plan d’austérité inefficace », par Attac France : http://www.france.attac.org/spip.php?article11245

Volcan islandais, tsunami grec, séisme portugais... : à qui le tour ? par Attac France : http://www.france.attac.org/spip.php?article11214

PIGS : cochons de marchés ou Les raisons de la colère, par Attac France : http://www.france.attac.org/spip.php?article11038

Notes

[1] Article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, créé par le traité de Maastricht et repris par le traité de Lisbonne


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