Maroc : Facebook, refuge des « dé-jeûneurs » du ramadan

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Maroc : Facebook, refuge des "dé-jeûneurs" du ramadan | Rue89
(De Casablanca) Le débat sur le droit de ne pas observer le jeûne du ramadan refait surface pour la deuxième année consécutive au Maroc. Alors que l'an dernier, une tentative de rupture de jeûne en public organisée par le groupe Mali (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles) s'était conclue par une quinzaine d'arrestations, cette fois, c'est sur les réseaux sociaux qu'a été lancée l'initiative.

Le blogueur et activiste Najib Chaouki a ainsi crée un groupe Facebook, « Marocains pour le droit de ne pas jeûner pendant le ramadan », afin de lancer un débat public sur l'article 222 du code pénal marocain qui stipule que toute personne notoirement connue pour son appartenance à la religion musulmane peut être condamnée si elle rompt ostensiblement son jeûne pendant le mois de ramadan.
Capture d'écran du groupe Facebook des "dé-jeûneurs".
Il explique sa démarche sur Facebook :

« Ce groupe n'appelle pas au non-jeûne du ramadan mais défend les dé-jeûneurs comme faisant partie de la société marocaine ayant le droit d'exercer leur liberté de ne pas observer le jeûne. Pourquoi oblige-t-on le dé-jeûneur à se cacher ? Nous voulons sortir de l'hypocrisie sociale dans laquelle nous vivons. »

Najib Chaouki et ses amis estiment que cet article 222 est « liberticide » et contraire à « la liberté de conscience ». Ils réclament un débat dans la société marocaine sur son abolition.
Pas question de débattre du jeûne sur un plateau télé

Facebook, qui est extrêmement populaire parmi la jeunesse urbaine marocaine, est le seul lieu où un tel débat peut avoir lieu. La plupart des médias marocains, et en particulier audiovisuels, l'ont ignoré ou l'ont traité de manière agressive, et, jugent les organisateurs, de manière « diffamatoire ». Pas question en tout cas de débattre d'un tel sujet sur un plateau de télévision.

Tout en s'inscrivant dans la continuité de l'action de l'an dernier, la démarche de ces « dé-jeuneurs » a donc été différente, s'abstenant de tout initiative concrète comme celle qui s'était mal terminée l'an dernier, alors qu'il ne s'agissait « que » de consommer un sandwich dans un lieu public à midi. La police serait de nouveau intervenue, estiment-ils.

Le groupe initié par Najib Chaouki, également connu sous le nom de « Jeûneurs, non-jeûneurs, tous des Marocains », a préféré la voie du débat, suscitant de nombreuses réactions au sein de l'opinion qui a accès au Web. Le groupe Facebook compte plus de 1 200 membres, pas tous acquis à sa cause puisque certains s'y sont inscrits pour la combattre.

L'ambigüité de l'article 222, que combat Najib Chaouki, porte sur l'appartenance religieuse : il assimile tout Marocain à un musulman, exclut de ce fait les autres minorités du Maroc (à l'exception de la minorité juive), et ne permet pas d'exister en dehors de la religion, puisqu'il ne reconnaît ni les athées ni les agnostiques.

Ce débat, a cherché à attirer l'attention sur la liberté de conscience, considérée comme un tabou dans la société marocaine, ce qui a suscité des réactions parfois violentes. Certaines forces conservatrices ont condamné violemment cette initiative, estimant qu'elle va à l'encontre de la pensée dominante au sein de la société marocaine.

Najib Chaouki et son groupe ont néanmoins reçu certains soutiens, notamment celui de l'AMDH (l'Association marocaine de droits humains). Sans compter le nombre croissant d'individus qui commencent à briser la loi du silence et à afficher leur différence, ainsi que leur refus de l'article 222.

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