Besancenot : « Il y a une petite crise politique dans l'air »

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Olivier Besancenot lors d'une manifestation contre le ministère de l'Immigration en février 2010 (Gonzalo Fuentes/Reuters
A la veille de la manifestation contre la réforme des retraites, Olivier Besancenot était l'invité lundi de La Matinale du Mouv, dont Rue89 est partenaire.

De la perte de crédibilité d'Eric Woerth aux points de la réforme qui fâchent, en passant par ses relations avec le PS, le porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste se veut toujours combatif, malgré ses derniers revers électoraux.

60% des Français souhaitent qu'Eric Woerth parte…

« Ils ont raison ! Quand Woerth va expliquer à tout le monde qu'il faut se serrer la ceinture, je lui souhaite bien du courage, vu qu'il a quand même deux ou trois petites bricoles et qu'il a la Légion d'honneur plutôt facile à tous ceux qui lui rendent un petit service. […]

C'est l'illustration qu'il y a une petite crise politique dans l'air, en plus de la crise économique et de la crise sociale. Aujourd'hui, même à droite, ils se cartonnent, ils sont divisés. C'est pour ça qu'il y a la possibilité de remporter quelque chose sur les retraites. C'est pour ça que les deux sont liés. » (Ecouter le son intégral)

« C'est de la vraie-fausse négociation »

Eric Woerth a invité les partis politiques à venir discuter de la réforme des retraites. Et vous ?

« Non, pas nous. De toute façon, […] c'est du bluff, c'est de la vraie-fausse négociation. On fait croire qu'on négocie quelque chose alors qu'on négocie rien. On n'arrête pas d'expliquer qu'on ne va pas bouger d'un cil sur le front de la réforme. » (Ecouter le son intégral)

S'il vous invite, vous n'y allez pas ?

« Non. Surtout pas avec lui, en plus. Je ne suis pas là pour ça. Je suis là pour dire si le fond de la réforme est juste ou pas. On nous bassine avec une réforme qui est, paraît-il, super nécessaire, sans nous expliquer pourquoi il y a le trou de la Sécurité sociale et sans nous expliquer qu'en fait il y a les moyens de financer une retraite à 60 ans.

Quand j'entends Lagarde qui dit qu'à 62 ans, on n'est pas encore usé ! Ça veut dire qu'il faut être usé pour partir à la retraire. Moi, j'estime que si on peut partir après une dure vie de labeur, profiter un minimum de sa vie, tant mieux. » (Ecouter le son intégral)

« 3% des richesses annuelles d'ici 2050 »

Que proposez-vous comme alternative au projet du gouvernement ?

« Le partage des richesses. Il y a le rapport du Conseil d'orientation des retraites, sur lequel le gouvernement s'appuie pour faire passer sa réforme [et qui prévoit jusqu'à 115 milliards d'euros de déficit par an pour financer les pensions d'ici 2050]… Dès qu'on parle de chiffres comme ça, les gens partent en courant, et ils ont raison.

Mais, ramenés au PIB, ça fait 3% des richesses annuelles d'ici 2050. Ça fait pas grand-chose comparé aux 17% qui partent chaque année sous forme de profits. Les profits, ces trente dernières années, n'ont pas été investis dans la production ou dans l'emploi, mais sous forme de dividendes pour les actionnaires. » (Ecouter le son intégral)

Les syndicats ne semblent plus vouloir discuter avec Eric Woerth, ne semblent plus le trouver très crédible…

« Il y a tellement d'affaires, il y a tellement de casseroles qui commencent à s'accumuler, que ça devient un peu compliqué d'avoir un interlocuteur. En plus, ce n'est pas lui l'interlocuteur : ce sera Fillon qui va s'expliquer à la télévision pour dire pourquoi, probablement, ils ne cèdent pas tout de suite.

Personne n'est naïf : même si on met un max de monde dans la rue demain [mardi], je n'imagine pas une seule seconde qu'il y ait Woerth qui débarque à la télé pour nous dire : “Ecoutez, j'ai entendu la rue, je retire la réforme. En plus, je démissionne, parce que j'ai un minimum de dignité.” Donc, il faudra une suite et une suite rapprochée. » (Ecouter le son intégral)

« Que tout le monde soit rassemblé »

Vous allez défiler aux côtés du PS et vous êtes invité à l'université d'été de Benoît Hamon mi-septembre. Est-ce que ça veut dire que tout lien entre PS et NPA n'est pas rompu ?

« Nous, on n'a jamais été pour rompre tous les liens avec le PS. Nous, on est pour être pragmatique. Quand il s'agit de s'opposer à une réforme dure et agressive, il faut que tout le monde soit rassemblé. […] Maintenant, il y a des désaccords politiques entre le NPA et le PS. Nous, on est pour le retour aux 37,5 annuités et pour l'abrogation des réformes Balladur depuis 1993. […]

On nous explique qu'il faut travailler plus longtemps donc qu'il faut faire plus d'annuités. Sauf qu'il y a une toute petite minorité de salariés qui arrivent à faire les 37,5 annuités. […] Donc la seule conséquence concrète et réelle des réformes, c'est que les pensions des retraites baissent. » (Ecouter le son intégral)

Photo : Olivier Besancenot lors d'une manifestation contre le ministère de l'Immigration en février 2010 (Gonzalo Fuentes/Reuters

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