Ollier et Alliot-Marie dans «Scènes de chasse en Libye» | Mediapart

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Dans son livre Armes de corruption massive, le journaliste Jean Guisnel raconte les coulisses de ces ventes d'armes, produites surtout par des pays du Nord, mais pas seulement – la Chine a un rôle actif dans ce domaine –, achetées en majorité par les pays du Sud. A chaque grand «contrat du siècle», se livre le même ballet obscur des services de renseignements, des services diplomatiques mais aussi des intermédiaires pour emporter la mise. La partie n'est pas simplement un jeu d'influence : on y parle essentiellement argent. Car dans ce monde du cynisme revendiqué au nom du réalisme des affaires, « tout et tous sont achetables, il suffit d'en savoir le prix ». Les valises de billets, les comptes dans les paradis fiscaux, les diamants bruts, font l'affaire, selon les cas de figure.

Naïvement, l'opinion publique a pensé que les grandes affaires de corruption des années 1990, poursuivies par la justice, avaient suffisamment effrayé les différents protagonistes pour les amener, si ce n'est à renoncer à toute corruption, au moins à faire preuve d'une certaine retenue. De l'aveu même de certains marchands d'armes, il n'en est rien. Au contraire. Tous deviennent de plus en plus gourmands, la mondialisation néolibérale ayant conduit à une banalisation des pratiques de corruption et des arrangements entre amis. Gaspard Koenig, ancienne plume de Christine Lagarde, y  voit un signe de bonne santé dans son livre Les Discrètes Vertus de la corruption, chroniqué par Mediapart.

La France n'a pas le monopole de l'hypocrisie et des faits inavouables dans ce domaine. L'affaire de British Aerospace en Arabie saoudite, où la justice britannique a eu interdiction par le gouvernement Blair d'enquêter, ou le méga-scandale de Siemens en Allemagne, accusé de détenir une caisse noire de près de 2 milliards d'euros servant à corrompre les gouvernements, y compris européens, pour décrocher des juteux contrats, sont là pour le rappeler. Mais les responsables français et leurs intermédiaires paraissent, au fil des pages, avoir été particulièrement actifs ces dernières années, au service de la France bien sûr et de ses industries d'armement. Nicolas Sarkozy, «directeur commercial» comme le dit un chapitre, se démène depuis des années sur ce terrain pour arracher les grands contrats en Arabie saoudite, au Brésil ou en Inde. Depuis son accession à l'Elysée, le Rafale, l'EPR et les sous-marins nucléaires sont au cœur de sa diplomatie. Avec le succès que l'on sait.

La Libye de Khadafi a été particulièrement choyée depuis la levée de l'embargo en 2003. Au moment où Nicolas Sarkozy s'efforce de faire oublier la visite de Khadafi en France et sa tente plantée sur les pelouses de l'hôtel Marigny, il n'est pas malvenu de retrouver les allers et retours du gouvernement français et ses industries d'armement, prêts à fermer les yeux sur tout, et à s'associer avec les intermédiaires les plus louches, dans l'espoir de décrocher le contrat du siècle, comme le raconte le chapitre «Scènes de chasse en Libye».

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Ollier et Alliot-Marie dans «Scènes de chasse en Libye» | Mediapart

via www.mediapart.fr

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