Les religions contre les droits de l’Homme… et de la Femme

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Avec ses Chroniques d’un incroyant, Bruno Alexandre revient sur la genèse sanguinaire des trois religions monothéistes et propose quelques réflexions sur le blasphème.

 Les grands drames de l’histoire de l’humanité (l’Inquisition, le génocide des Amérindiens, les croisades, les guerres « saintes » de toute obédience…) ne tombent pas du ciel. Tous ces crimes ont été justifiés par de « saintes » écritures tirées de la Bible ou du Coran. Bruno Alexandre propose un tour d’horizon de ces écrits qui, encore aujourd’hui, fondent la foi de gens qui prétendent représenter le « Bien ». En vérité, certains passages des livres sacrés ressemblent plus à des scénarios de films d’horreur qu’à l’idée qu’on pourrait se faire de l’amour de son prochain, de la tolérance et de l’amitié entre les peuples.

 Exemple quand le Coran présente Mahomet, assisté par des anges tueurs, dans des batailles effrayantes de cruauté. Exemple avec des sourates qui appellent clairement au crime. « Il n’y a point auprès de Dieu d’animaux plus vils que ceux qui ne croient pas et qui restent infidèles… », « Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu », etc. Le meurtre des infidèles, des mécréants, des incroyants ne saurait culpabiliser les bons croyants. Si ce n’est pas vous qui les tuez, c’est Dieu qui le fera dit en substance le Coran. « Si le lobby religieux n’était pas ce qu’il est, souligne Bruno Alexandre, les terribles invectives contre les infidèles devraient tomber sous le coup de la loi pour injure et provocation à la haine, à la discrimination et à la violence raciste. »

 Dès le début de son histoire, l’islam a été animé par un élan mystique conquérant. Exploits guerriers et razzias accompagnent Mahomet qui a piétiné les coutumes de son époque pour s’imposer. Le Coran est là pour couvrir tous les faits et gestes qui pourraient sembler discutables. « Ils t’interrogent sur le butin ? Dis : Le butin appartient à Dieu et au Prophète. Prémunissez-vous, réformez vos rapports mutuels, obéissez à Dieu et au Prophète si vous êtes des croyants », dit une sourate pour justifier le brigandage « sacré ».

 L’islam violent serait-il une trahison du véritable islam ? « La vérité est que le Coran est ambivalent et que son ambivalence fait sa dangerosité, répond Bruno Alexandre. L’islam vrai peut être tout aussi bien un islam de paix qu’un islam de guerre. N’existent que différentes lectures du Coran, de la plus irénique à la plus criminelle. »

 Les autres religions ne sont pas mieux loties. Les textes de l’Ancien testament qui, à quelques variantes près, correspondent aux textes sacrés juifs contiennent aussi leurs lots d’abominations. La mort est vite au rendez-vous dans la Bible avec le fameux péché originel. Puis Caïn tue Abel. Pour effacer l’ardoise, Dieu décide de noyer la quasi-totalité de l’espèce humaine. Pas moins. Le Bien prendra-t-il la main après le déluge ? Pas vraiment. À l’occasion du bras de fer entre les Egyptiens et les Hébreux, Dieu dit à Moïse : « Vers le milieu de la nuit, je passerai au travers de l’Egypte et tous les premiers-nés mourront dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né de Pharaon assis sur son trône, jusqu’au premier-né de la servante qui est derrière la meule, et jusqu’à tous les premiers-nés des animaux. Il y aura dans tout le pays d’Égypte de grands cris, tels qu’il n’y en a point eu et qu’il n’y en aura plus de semblables. » Et comme Dieu n’a qu’une parole, « il y eut de grands cris en Égypte car il n’y avait point de maison où il n’y eut un mort. » Un massacre d’enfants innocents comme prélude à la marche vers la Terre promise, on aurait pu espérer mieux.

 Deux mois plus tard, Dieu causa à nouveau avec Moïse : « Maintenant, si vous écoutez ma voix et si vous gardez mon arche, vous m’appartiendrez entre tous les peuples car toute la terre est à moi ; vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. » Pour ne pas mélanger les torchons avec les serviettes, Dieu apporta une précision : « Tu ne contracteras point de mariage avec ces peuples (de Canaan), tu ne donneras point tes filles à leurs fils et tu ne prendras point leurs filles pour tes fils. » Infanticide, sectaire, xénophobe et raciste, voici vraiment le Dieu idéal pour assurer des siècles de bonheur à l’humanité… « On conçoit aisément qu’il ait été difficile au judaïsme de faire évoluer cette notion d’élection et de la rendre compatible avec la mentalité moderne », note Bruno Alexandre.

 Que penser du « Tu ne tueras point » de Yahvé quand lui-même demande que le sang soit versé, y compris s’il s’agit d’un frère, d’un parent, d’un proche membre de la communauté israélite ? Après l’infanticide, Dieu cautionne le fratricide ! Il ne faisait pas bon être l’ennemi de ce Dieu-là. « Lorsque que l’Éternel ton Dieu, t’aura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession, et qu’il chassera devant toi beaucoup de nations, lorsque l’Éternel ton Dieu te les auras livrées et que tu les auras battues, tu les dévoueras par anathème, tu ne traiteras point d’alliances avec elles, et tu ne leur fera point grâce. » Traduction : Tu anéantiras tout le monde. Venant d’un Dieu miséricordieux, ça fait un peu désordre cet appel au génocide.

 Le livre de Josué est éloquent sur la manière dont les israélites s’installèrent en Canaan. Les théologiens prétendent qu’il ne faut pas lire ces pages hyper violentes au premier degré, que le livre serait plus liturgique qu’historique… Les récits guerriers ne seraient que métaphoriques et mythiques. Au bout du compte, il ne s’agirait donc que d’un ouvrage pédagogique. Joli programme. Pour rendre les hommes meilleurs, il suffirait de les pousser au crime ! Question. Pourquoi ce Dieu pédagogue n’a-t-il pas préféré la non-violence pour s’adresser à ses fidèles plutôt que de les inciter à commettre d’horribles forfaits ? Le monde d’aujourd’hui serait peut-être moins délabré si la « parole de Dieu » avait été moins belliqueuse…

 Examinons ce qui se passe chez les chrétiens dont l’histoire commence par un scandale : la non résurrection du Christ. « Jésus annonçait le royaume et c’est l’Église qui est venue », ironisait l’abbé Loisy, qui fut excommunié… L’historien Joseph Turmel en déduit qu’une Église qui réussit à se maintenir malgré l’invalidation flagrante de sa croyance fondamentale a « les promesses d’une vie éternelle ». Le mouvement chrétien aurait pu s’évanouir à jamais. Grâce à d’habiles tours de passe-passe politico-religieux, l’Église a survécu. Avec son cortège de barbaries nourries par la doctrine augustinienne. « Il y a une persécution injuste, celle que font les impies à l’église du Christ ; et il y a une persécution juste, celle que font les églises du Christ aux impies. L’Église persécute par amour et les impies par cruauté. » C’est pas plus compliqué que ça à comprendre. C’est par simple charité que l’Église persécute les impies et les hérétiques. Ah, Dieu, que la guerre est jolie ! Derrière un pacifisme de façade, « Aimez-vous les uns les autres », la doctrine de la « guerre juste » veille. Et quand il arrive qu’un pape émette des doutes sur la justesse d’une guerre, trop acoquiné avec les puissances politiques, il se garde bien d’appeler les disciples du Christ à la désobéissance et à la désertion pour honorer le premier commandement, « Tu ne tueras point ». L’alliance objective du sabre et du goupillon a fait, fait et fera bien des misères sur Terre.

 Ce fut le cas lors des croisades et de la « découverte » des Amériques. Plus près de nous, en 1914-1918, catholiques allemands et français étaient d’accord pour se massacrer mutuellement puisque la boucherie était déclarée « juste » des deux côtés. En 1933, le rôle des catholiques dans l’ascension d’Hitler fut déterminant. Plus tard, l’anti-judaïsme et l’anti-communisme de l’Église catholique motivaient son insupportable silence face à l’innommable. L’attitude coupable de l’Église durant le génocide du 1994 au Rwanda est aussi criant. Jean-Paul II a soutenu directement des responsables religieux compromis dans les tueries, dont Augustin Misago, évêque de Gikongoro, qui fut finalement acquitté avec la bénédiction du Vatican.

 La deuxième partie de l’ouvrage est une réflexion sur le blasphème. Si, en France, le chevalier de la Barre fut le dernier condamné à mort pour blasphème (il fut torturé, décapité et brûlé en 1766 pour ne pas s’être agenouillé lors du passage d’une procession religieuse), l’actualité montre souvent que nous n’en avons pas terminé avec l’intolérance et l’obscurantisme religieux. « Les religions, c’est comme les vers luisants. Pour briller, il leur faut l’obscurité », disait Arthur Schopenhauer

 L’histoire du blasphème est complexe et mêle de nombreuses considérations. Bruno Alexandre revient sur les divers textes qui ont réglementé à leur manière la liberté de pensée et/ou la liberté religieuse, ce depuis l’aberrant statut de l’Alsace-Lorraine à la charte de droits fondamentaux de l’Union européenne, en passant par l’article premier de la Constitution française ou les Déclarations des droits de l’homme (1789 et 1948).

 Pour illustrer son propos, l’auteur revient sur quelques affaires qui ont défrayé la chronique (l’affaire Otto Preminger Institut en Autriche, l’affaire Nigel Wingrove en Grande-Bretagne, l’affaire du détournement de la Cène, l’affaire des caricatures de Mahomet…). « L’homme est créé par Dieu à son image pour dominer le monde d’une part et pour adorer Dieu d’autre part. Un homme à qui manque une de ses dimensions n’est pas un homme », assurait de manière péremptoire feu le cardinal Daniélou avant d’ajouter : « Un homme sans Dieu n’est plus digne du nom d’homme. Une société sans Dieu est une société inhumaine. »

 Jean-Paul II ne cachait pas non plus son aversion totale pour les athées et les agnostiques. Dans son message à l’Académie pontificale des sciences, il déclarait : « Nous appelons péché mortel l’acte par lequel un homme, librement et consciemment, refuse Dieu, sa loi, l’alliance d’amour que Dieu lui propose, préférant se tourner vers lui-même, vers quelque réalité créée et finie, vers quelque chose de contraire à la volonté de Dieu. » Pour Jean-Paul II, si l’athée n’est pas un démon, il est, pour le moins, un dément, un idiot, alors que le chrétien est toujours « guidé par le supplément d’intelligence que lui donne la parole de Dieu ». CQFD.

 « Il a fallu des millénaires pour que la pensée s’affranchisse des religions et seulement dans certains pays, constate Bruno Alexandre. Que voyons-nous aujourd’hui ? Un recul considérable par rapport à la loi de 1905 qui ne cesse d’être trahie et que d’aucuns voudraient réformer, “toiletter”. » Pour arriver à leurs fins, les religieux de toutes obédiences tentent de détourner les lois destinées à la protection des personnes pour en faire des instruments au service de la protection des religions. Les droits de l’homme au service de l’intolérance religieuse. On aura tout vu. Autrefois, on criait au sacrilège. À présent, par une incroyable manipulation, on crie au racisme. Quand un athée critique une religion, il épingle un système de pensée coupable de violences et complice d’injustices, mais il ne menace pas la liberté individuelle des croyants.

 « S’il y a avait vraiment quelque chose de surnaturel dans l’histoire des religions, ce serait leur culot », ironise le polémiste René Pommier. Il est urgent de dénoncer les amalgames liberticides qui assimilent la critique des religions à du racisme. Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) est sur la mauvaise pente depuis que son congrès a adopté une motion assimilant l’islamophobie à du racisme anti-musulman. Tristement, le MRAP se range aux côtés des intégristes catholiques et autres courants d’extrême droite qui mettent leur lutte contre le blasphème sous la bannière de la lutte contre le racisme anti-chrétien. Ce qui est d’une malhonnêteté intellectuelle sans nom. Dans une lettre ouverte, Jean Ferrat, membre du MRAP, a exprimé sa désapprobation après le vote de la motion sur l’islamophobie. Pour calmer le jeu, des musulmans, minoritaires, suggèrent l’abandon des versets du Coran incompatibles avec les droits de l’homme (notamment ceux qui prônent les châtiments corporels et ceux qui maintiennent les femmes dans un statut d’infériorité). C’est le cas du philosophe Abdennour Bidar et de Soheib Bencheikh, ancien mufti de Marseille.

 Interrogeons-nous sur l’empressement qu’ont les religieux pour demander la protection des tribunaux lorsqu’ils se sentent attaqués par des mécréants. Les religieux n’ont-ils pas le soutien sans faille d’un Dieu tout puissant ? Cela devrait leur suffire au lieu d’aller chercher du réconfort dans le temporel ! Et, comment, dans sa grande puissance, Dieu pourrait-il être égratigné par quelques lignes, dessins, films ou chansons infidèles ? Gens de peu de foi, ont-ils si peu confiance en leur religion et en leur Dieu pour penser qu’il pourrait être anéanti ou même blessé par des insultes humaines ? Les blasphémateurs ne sont pas uniquement chez les mécréants… Avons nous des leçons à recevoir de ceux qui blasphèment en paroles et en actes (« Tuer au nom de Dieu est un blasphème » assurait sans rire Jean-Paul II) au dehors comme au-dedans de leur religion ?

 Pour des questions doctrinales, les grandes religions monothéistes se sont violemment combattues physiquement ou verbalement. Chacune a largement blasphémé ses concurrentes. Aujourd’hui, elles affichent un front œcuménique uni pour mener une nouvelle croisade contre les infidèles. Pour répliquer aux punaises de sacristie et de tribunaux, une législation sur le mode espagnol nous apporterait bien des distractions. En effet, celle-ci précise que ceux qui se moqueraient publiquement, oralement ou par écrit, de ceux qui ne professent aucune religion ou croyance peuvent encourir les mêmes peines que ceux qui se moquent des dogmes, croyances, rites ou cérémonies religieuses…

 Bruno Alexandre, Chroniques d’un incroyant – Naissance dans la guerre des religions du Livre/Propos sur le blasphème, tome 1, éditions Libertaires, 130 pages. 10€.
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