Des masques commencent à tomber

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Des masques commencent à tomber

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Face aux peuples du Maghreb et du Machrek qui continuent de se battre pour leurs droits, la répression s’organise.

Parce que les peuples qui ont commencé à espérer sont têtus et exigeants, la situation devient beaucoup plus dure et tendue dans le monde arabe en révolution. En Syrie, l’armée et les forces de sécurité organisent le ratissage méthodique des fiefs de la contestation, multipliant arrestations et tortures. Au Yémen, les forces de sécurité et de l’armée ont tué trois manifestants ce dimanche. Au Bahreïn, le procès de figures de l’opposition a commencé. Ils risquent la peine de mort.
Mais les masques commencent aussi à tomber du côté des forces qui se sont prétendues au côté du peuple dans la première phase des révolutions. En Tunisie, le gouvernement provisoire a rétabli le couvre-feu tandis que l’armée réprimait les manifestations de jeunes exigeant la poursuite de la révolution. En Égypte, où l’armée a interdit les grèves et les manifestations, des violences contre les coptes ont repris, rappelant les moyens utilisés par le régime de Moubarak pour diviser la population.
Et les masques tombent aussi sur les prétentions démocratiques et humanitaires de nos gouvernants de ce côté de la Méditerranée.
Selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies, plusieurs centaines de réfugiés, principalement libyens, égyptiens et tunisiens sont morts en tentant de traverser la Méditerranée et de déjouer les dispositifs de contrôle. Les régimes occidentaux qui prétendent intervenir militairement en Libye pour sauver la population sont donc directement responsables d’autant de morts qu’en ont fait les dictateurs.
Le quotidien britannique, The Guardian a mis directement en cause l’armada de l’Otan en Méditerranée, citant le porte-avions français Charles-de-Gaulle, qui aurait délibérément ignoré un bateau en détresse, entraînant la mort de 61 réfugiés, dont des enfants.
Le ministre raciste de l’Intérieur, Claude Guéant, ne le cède en rien aux régimes contestés dans la chasse qu’il a entreprise contre les jeunes migrants tunisiens qui ont décidé qu’une des premières libertés à utiliser était celle de circuler. Alors que les forces de gauche ne se bousculent pas pour défendre les jeunes Tunisiens réprimés de Nice, Marseille à Paris, c’est la mairie de Paris qui a ordonné leur expulsion violente d’un lieu qu’ils occupaient début mai.
Parlant de la Tunisie, l’écrivain Taoufik Ben Brik dit : « Cette révolution a été voulue par le peuple, mais aussi par une frange du régime pour laquelle Ben Ali était devenu un grain de sable dans la mécanique du système. Avec ce peuple qui a pris la parole, ce n’est plus un grain de sable qui enraye la machine, c’est une pierre. »
C’est là le ressort de l’évolution de la situation. Dans cette deuxième phase de la révolution c’est la nature même des systèmes en place qui est en jeu. D’où le durcissement.

La révolution jusqu’au bout
Certaines couches de la population et certaines forces en Tunisie et en Égypte mais aussi les gouvernements occidentaux ont décidé d’enfourcher les mouvements de contestation. Dans le meilleur des cas, il s’agissait de changer une partie des personnels en place trop ouvertement corrompus ou dont les exigences étaient devenues des obstacles. Il s’agissait aussi de canaliser des mouvements populaires impossibles à stopper par la simple répression. Mais les exigences populaires qui ont donné naissance à la révolution ne peuvent se satisfaire de simples ravalements de façade. Pour les jeunes sans emploi, pour les travailleurs pauvres, pour les femmes, les transformations nécessaires doivent être beaucoup plus profondes. C’est pour cela que les manifestations ont repris en Tunisie et en Égypte. C’est aussi pour cela que les concessions faites par le régime au Maroc, qui semblaient inespérées il y a encore quelques mois, ne suffisent plus aux jeunes qui continuent de manifester. L’espoir soulevé dans toute la région explique aussi l’héroïsme des jeunes et des femmes en Syrie ou au Yémen, qui malgré la répression terrible, continuent de manifester.
Cette fois la révolution se trouve face à ses faux amis d’hier qui louaient sa modération et son pacifisme mais qui n’hésitent pas aujourd’hui à utiliser la force et la répression. Des deux côtés de la Méditerranée, ce dont la révolution arabe a le plus besoin aujourd’hui, c’est d’une solidarité de classe qui se moque des frontières et se bat pied à pied contre le racisme et toutes les divisions.

Denis Godard

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