Ex-ministre et pédophilie : une asso marocaine va porter plainte

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Un ancien ministre français pédotouriste à Marrakech protégé par un Premier ministre ? Au Maroc, on parle de « crime politique ».

Après les propos de Luc Ferry dénonçant l'implication d'un « ancien ministre » dans une affaire de pédophilie au Maroc, Najat Anwar, la présidente de l'association marocaine Touche pas à mon enfant, a déclaré vouloir saisir la justice :

« Un responsable politique qui abuse de nos enfants, c'est inacceptable. Nous allons porter plainte contre X. Une enquête doit être ouverte pour faire la lumière sur cette affaire. »

Fondée en 2004 par Najat Anwar, l'association Touche pas à mon enfant a entre autres contribué à venir à bout du tabou de la pédophilie et du tourisme sexuel, notamment dans les villes d'Agadir et de Marrakech. Concernant les propos de Luc Ferry, Moulay Mustapha Errachidi, le conseiller juridique de l'association précise :

« Nous avions déjà entendu parler de cette affaire mais nous n'avions aucune preuve. On ne peut donc pas donner de nom. Mais nous n'allons pas laisser faire, ce n'est pas une situation normale. C'est un crime politique. Il faut enquêter. »

Sur Canal+, l'ancien ministre de l'Education nationale a évoqué le cas d'« un ancien ministre qui s'est fait “poisser” dans une partouze avec des petits garçons. » (Voir la vidéo)


Il a également assuré qu'il s'agissait plus que d'une simple rumeur :

« L'affaire m'a été racontée par les plus hautes autorités de l'Etat, en particulier par le Premier ministre. […] J'ai des témoignages d'un des membres du cabinet au plus haut niveau et des autorités de l'Etat au plus haut niveau. »


Un scandale à tiroirs

On ne voit pas pourquoi Luc Ferry mentirait, sauf à penser qu'il ait perdu la raison : il ne donne pas le nom du ministre en question, et ne cherche donc pas à lui nuire. Ce qu'il déclare ce soir-là sur Canal+ est pourtant vertigineux, c'est un scandale à tiroirs :

  • un ancien ministre se serait engagé dans des activités criminelles dans un pays étranger ; des actes aujourd'hui punissables de sept ans de prison ;

  • l'affaire aurait été étouffée, avec la complicité du Maroc ;

  • un Premier ministre français était au courant ;

  • le directeur de cabinet du ministre visé était également au courant ;

  • Luc Ferry – et d'autres ? – mis au courant, n'ont pas saisi la justice.

Que va-t-il se passer ? Si la justice fonctionne normalement, un procureur devrait se saisir immédiatement de ces déclarations publiques, ouvrir une enquête, convoquer Ferry. Même si c'est pour buter rapidement sur la trop grande ancienneté des faits, prescrits après dix ans.

Qu'il y ait prescription ou non, les déclarations de Luc Ferry (que nous n'avons pas réussi à joindre aujourd'hui) n'en soulèvent pas moins de nombreuses questions. Et notamment celle-ci : comment se fait-il que dans notre démocratie, un Premier ministre se sente ainsi autorisé à étouffer un scandale de ce type, dans l'indifférence générale ?

L'affaire DSK a libéré la parole, il ne faut pas le regretter. C'est une étape indispensable, même si ce qui en sort est laid. Il est temps que le syndrome « il n'y a pas mort d'homme », cette devise de République bananière, disparaisse à jamais des mœurs politiques.





"Ancien ministre, attrapé dans une partouze avec des petits garçons"

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