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Comparaison entre la conception islamique
et la conception occidentale de la loi
et son impact sur les minorités


Chapitre I. Conception de la loi

1) Conception islamique de la loi

La loi a trois sources principales:
En général la deuxième et la troisième conception de la loi sont semblables et ont les mêmes conséquences. C'est ce qu'on constate chez les juifs et chez les musulmans.

Chez les juifs, la Bible et le Talmud ont permis aux rabbins l'établissement d'un système juridique complet. La Bible, complétée par le Talmud, est sensée contenir les normes que Dieu a imposé à son "peuple élu". Personne ne peut s'en écarter. La Bible dit:


Les choses révélées sont à nous et à nos fils pour toujours, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette loi (Deutéronome 29:28).

C'est une loi perpétuelle pour vos descendants, où que vous habitiez (Lévitique 23:14).
Mentionnant ces versets, Maïmonide (décédé en 1204) écrit:

On trouve cette même conception chez les musulmans pour qui le Coran (parole de Dieu) et la Sunnah (Tradition de Muhammad assemblée dans différentes compilations) constituent les deux premières sources de la loi. De ces deux sources, les juristes musulmans classiques ont développé un système légal appelé la shari'ah (littéralement: le chemin). Tous les musulmans doivent s'y soumettre. Le Coran dit à cet égard:


Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu'Allah et Son messager ont décidé d'une chose d'avoir encore le choix dans leur façon d'agir. Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager, s'est égaré certes, d'un égarement évident (33:36).

La seule parole des croyants, quand on les appelle vers Allah et Son messager, pour que celui-ci juge parmi eux, est: "Nous avons entendu et nous avons obéi". Et voilà ceux qui réussissent (24:51).
Huit siècle après Maïmonide, son compatriote musulman, le cheikh Muhammad Mitwalli Al-Sha'rawi (décédé en 1998), personnalité religieuse et politique égyptienne, dit que la révélation est venue trancher les questions sujettes à divergence, libérant ainsi l'homme de la peine de les résoudre par la discussion ou par des expériences répétitives épuisantes. Le musulman n'a pas à chercher en dehors de l'islam des solutions à ses problèmes puisque l'islam offre des solutions éternelles et bonnes dans l'absolu. Il ajoute: "Si c'était moi le responsable de ce pays ou le chargé d'appliquer la loi de Dieu, je donnerai un délai moratoire d'une année à celui qui rejette l'islam, lui accordant le droit de dire qu'il n'est plus musulman. Alors je le dispenserai de l'application de la loi islamique en le mettant à mort en tant qu'apostat".

Cette menace n'est pas une simple rhétorique. Comme nous verrons dans le dernier chapitre, ceux qui refusent la loi islamique ou essaient de présenter une interprétation libérale de ses sources, sont persécutés et quelques-uns ont été tués.

L'obligation d'appliquer le droit musulman, avec la conséquence fatale en cas de refus, peut couvrir des matières illimitées, mêmes très controversées. Pour donner un exemple extrême, Jad-al-Haq, le cheikh de l'Azhar (décédé en 1996), a déclaré dans une fatwa (décision religieuse) issue en 1994:

Cette fatwa démontre clairement que même un groupe n'a pas le droit de décider autrement que ce que décide le droit musulman.

Être musulman implique l'acceptation de la loi islamique. Il y a un lien entre la religion et le droit. Si vous refusez d'appliquer le droit musulman, vous cessez d'être musulman. Et le plus de normes on a dans une religion signifie le moins de liberté pour un individu ou un groupe de choisir leur voie de vie. Le Coran était d'ailleurs conscient de la difficulté qu'il crée en introduisant de nouvelles normes. On lit dans le verset 5:101:

Cette conception de la loi révélée se reflète dans les différentes déclarations islamiques relatives aux droits de l'homme. Ainsi, celle promulguée en 1981 par le Conseil islamique (dont le siège est à Londres), affirme à plusieurs reprises que les droits de l'homme se fondent sur une volonté divine. Le premier passage du préambule dispose: "Depuis quatorze siècles, l'islam a défini, par Loi divine, les droits de l'homme, dans leur ensemble ainsi que dans leurs implications". Un des considérants de ce préambule ajoute:
  • Le consentement démocratique: Comme cela se passe dans le parlement suisse. Une loi, adoptée aujourd'hui, peut être changée demain, avec l'accord des acteurs politiques.

  • La dictature: Un dictateur impose une norme; cette norme ne change que si le dictateur le souhaite. C'est difficile de faire entendre raison à ce dernier car cela signifie qu'il s'est trompé. La loi du dictateur durera autant que durera le dictateur lui-même. Sous son pouvoir, on n'a plus le droit d'user de son cerveau, sous peine de mort.

  • La révélation: Un homme, bénéficiant d'un certain charisme, essaie à faire croire à un groupe humain, qu'il a reçu un message divin dit "révélation". Certes, on peut y croire ou ne pas croire, mais tout dépend du pouvoir qui est derrière la religion. Il suffit qu'un dictateur y apporte son soutien pour que le choix devienne limité. La loi religieuse devient alors une dictature, parce qu'elle exige une démission du cerveau.
  • Forts de notre foi dans le fait que Dieu est le maître souverain de toute chose en cette vie immédiate comme en la vie ultime...

  • Forts de notre conviction que l'intelligence humaine est incapable d'élaborer la voie la meilleure en vue d'assurer le service de la vie, sans que Dieu ne la guide et ne lui en assure révélation:

    Nous, les musulmans,... nous proclamons cette Déclaration, faite au nom de l'islam, des droits de l'homme tels qu'on peut les déduire du très noble Coran et de la très pure Tradition prophétique (Sunnah).

    À ce titre, ces droits se présentent comme des droits éternels qui ne sauraient supporter suppression ou rectification, abrogation ou invalidation. Ce sont des droits qui ont été définis par le Créateur - à lui la louange! - et aucune créature humaine, quelle qu'elle soit, n'a le droit de les invalider ou de s'y attaquer.
La conception judéo-musulmane ne pouvait pas résister au temps et à la modernisation. En effet, presque toutes les Constitutions des pays arabes affirment que l'islam est la religion de l'État et que la loi islamique est une source principale, voire la source principale de la loi. Néanmoins, la loi islamique ne couvre aujourd'hui que le droit de la famille et des successions, ainsi que le droit pénal dans quelques pays comme l'Arabie saoudite et l'Iran. Les lois qui gouvernent les autres domaines sont importées principalement de l'Occident, à commencer par la Constitution elle-même, le système judiciaire, le droit civil, le droit commercial et le droit pénal. De ce fait, les musulmans vivent aujourd'hui dans une situation de schizophrénie, partagés entre les idéaux religieux et le désir d'acquérir une indépendance vis-à-vis de la divinité. Cette situation crée un conflit violent interne entre trois tendances principales:



  • Il y a ceux qui prônent un retour à loi islamique comme partie intégrante de leur foi, avec quelques adaptations pour sauver les apparences.

  • La deuxième tendance est constituée par ceux qui, guidés par un sens de la réalités, préfèrent le statu quo et considèrent la loi islamique incapable de diriger une société moderne.

  • La troisième tendance aimerait évacuer le reste des normes islamiques appliquées aujourd'hui, lesquelles sont considérées comme contraires à une perspective moderne des droits de l'homme, notamment en ce qui concerne les droits des femmes et des non-musulmans.
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