Faisons le procès du capitalisme

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Lors du meeting de l’Université d’été du NPA, le 29 août, notre candidat Philippe Poutou a exposé l’analyse du NPA de la crise du capitalisme ainsi que les grandes lignes de notre programme. Nous en publions quelques extraits.

On nous l’avait prédit, l’été devait être chaud. Et c’est effectivement ce qui s’est passé : l’État grec est au bord du gouffre, la dette américaine s’envole, les spéculateurs paniquent, résultat l’économie s’enfonce toujours un peu plus dans la crise.
Ces événements arrivent alors qu’en ce moment une famine frappe et tue des millions de gens en Afrique de l’Est et qu’il y a quatre mois à peine a eu lieu la catastrophe nucléaire au Japon. Cette crise économique, sociale, écologique est sans doute la plus grave depuis celle de 1929.
Tout cela met donc encore plus en évidence l’aberration du système capitaliste, ingérable et incapable de répondre aux besoins de l’humanité, d’un système capable au contraire de détruire, de gaspiller, d’écraser, d’appauvrir…

La crise d’un système
Cette crise, c’est celle du système capitaliste.
La société est riche de tout mais son organisation actuelle gaspille et empêche le progrès social. Si les besoins des populations ne sont pas satisfaits, s’il y a du chômage et de la pauvreté, c’est à cause du parasitisme des capitalistes.
Les inégalités sociales augmentent. Il y a aujourd’hui plus de 3 millions de chômeurs, environ 7 millions de précaires, une baisse générale du niveau de vie.
Les solutions existent mais elles doivent être radicales. Dans cette campagne, le NPA va défendre un programme d’urgence économique et sociale.
Les plans d’austérité doivent être arrêtés. Pour cela, il faut annuler la dette publique, qui est illégitime. Il s’agit à l’opposé de mener une politique de solidarité, de progrès social en rupture avec toutes les politiques qui sont menées depuis des années.
Pour combattre le chômage et la pauvreté, les licenciements doivent être interdits et les suppressions d’emplois stoppées dans les services publics. Les CDD, les statuts précaires doivent disparaître. Partout, des dizaines de milliers d’emplois doivent être créés.
Une réduction du temps de travail s’impose avec maintien des salaires et avec les embauches correspondantes. Il faut revenir aux 37, 5 annuités de cotisation pour tous et à la retraite à 60 ans pleine et entière. La pénibilité du travail doit être prise en compte et permettre des départs en retraite avancés.
Il faut immédiatement améliorer les conditions d’existence avec l’augmentation des salaires et de tous les revenus : au moins 300 euros net de plus pour tous et pas de revenu en dessous de 1 600 euros net.

Violence du système
Ce n’est évidemment pas le type de réponse que prépare le gouvernement. Au contraire, les capitalistes mènent une véritable guerre de classe contre les opprimés, contre les pauvres.
Ce qui s’est passé début août en Angleterre est peut-être une alerte. Une véritable explosion de colère a eu lieu dans les quartiers pauvres de Londres et dans des villes ouvrières comme Birmingham, Liverpool, Manchester. Le gouvernement anglais a réagi par le mépris et la répression. Mais la vraie violence est du côté des capitalistes et des dirigeants comme lorsqu’ils interviennent militairement en Irak, en Afghanistan, lorsqu’ils répriment les mouvements de grèves.
La course aux profits est un véritable rouleau compresseur, source aussi d’une violence invisible mais bien réelle. Car elle ne crée pas que le chômage, elle détruit aussi la vie au travail donc la vie familiale et sociale.
Ce qui se passe de manière cachée dans les entreprises, c’est le même processus que dans l’ensemble de la société. Partout, la crise provoque la destruction des liens sociaux et collectifs.
De plus, les gouvernements mènent des politiques qui ont pour objectif d’empêcher la contestation, des politiques de division, de criminalisation du mouvement social et favorisent le retour à l’ordre moral.
Le drame de la Norvège a montré les conséquences de la destruction des liens sociaux. Certes la tuerie relève de la folie d’un homme qui visiblement avait agi seul. Mais cela ne suffit pas à expliquer un tel acte.
Ce qui l’a armé politiquement ce sont bien les idéologies d’extrême droite et d’intégrisme religieux. L’extrême droite profite de la crise pour propager ses idées réactionnaires.
Pour le NPA, travailleurs français ou travailleurs immigrés, nous sommes du même camp, nous avons les mêmes intérêts, nous avons le même ennemi : les exploiteurs.
Le combat pour la défense du droit des femmes est loin d’être terminé. Par exemple, le droit à l’IVG est sans cesse remis en cause notamment par les attaques contre le service public de la santé avec les fermetures de centres IVG et des planning familiaux.
Il est important de rappeler quelques chiffres : en France une femme sur dix est battue ou violentée sexuellement. Il y a aussi une réelle injustice sociale avec la différence de salaire et la difficulté des femmes à obtenir des postes qualifiés. La précarité est aussi plus importante chez les femmes, aggravée par le fait que c’est souvent elles qui ont en charge la garde des enfants. D’où l’importance d’un véritable service public de la petite enfance.
La défense de nos droits, de nos libertés, du respect mutuel passe forcément par la défense de l’égalité des droits pour toutes et tous.
Dans cette campagne nous réaffirmerons l’égalité des droits pour les minorités sexuelles ; l’égalité des droits et des salaires entre hommes et femmes ; l’égalité des droits sociaux et politiques pour les immigrés ; la régularisation de tous les sans-papiers. Enfin il doit y avoir une véritable liberté de circulation pour tous.

Nos solutions anticapitalistes
Pour nous, il n’y a pas d’ambiguïté, Sarkozy et sa bande doivent dégager. Mais cela ne signifie pas que la perspective du retour au pouvoir du PS nous enchante. Nous ne sommes pas du tout pour une nouvelle alternance, pour une nouvelle union de la gauche.
Nous ne sommes pas candidats pour rentrer dans un tel gouvernement et je ne suis pas un camarade ministrable pour un futur gouvernement de la gauche plurielle. Mais nous sommes pour que nos idées gouvernent. Cela suppose un autre rapport de forces, un climat social différent avec d’énormes mobilisations qui exercent une pression d’en bas.
L’aggravation de la crise est le résultat d’une politique délibérée depuis des années en faveur des plus riches, des cadeaux multiples faits aux banquiers comme au patronat et aux actionnaires. Il faut faire exactement l’inverse en reprenant pour commencer les 10 % des richesses produites volés par les capitalistes aux salariés ces 30 dernières années.
L’argent existe, il suffit juste de le prendre où il est… cela s’appelle une autre répartition des richesses. Mais comme les capitalistes ne se laisseront pas faire, pour vraiment les taxer, il faudra les déposséder, les exproprier.
Cela signifie qu’il faut socialiser les richesses et développer les services publics de manière à répondre aux besoins immédiats des populations. D’abord, et c’est fondamental, un service public bancaire doit être mis en place. Les banques doivent être mises sous contrôle des salariés et au service de l’ensemble de la population.
La priorité doit être la satisfaction des besoins sociaux de base comme se loger, se soigner, se déplacer, s’éduquer, se cultiver… La santé, l’éducation, les transports publics doivent être gratuits pour tous.
Dans le contexte de crise sociale et écologique profonde, il y a un autre service public fondamental à mettre en place : celui de l’énergie. Il faut absolument une politique de l’énergie qui permette de se chauffer, de subvenir à nos besoins et en même temps de lutter contre la pollution et la destruction de la planète.
Le drame de Fukushima rappelle l’urgence et la nécessité de sortir du nucléaire, c’est possible et il le faut dans les dix prochaines années. Il faut s’attaquer aussi au réchauffement climatique et donc arrêter les gaspillages d’énergie. Cela passera par le développement des énergies renouvelables. Seule une écologie radicalement opposée à la logique de profit permettra de stopper des choix dangereux comme l’exploitation du gaz de schiste ou l’enfouissement des carbones et d’imposer au contraire des choix allant dans le sens d’un respect de la planète et de l’humain.
Tout est fait pour briser les résistances, empêcher les prises de conscience, isoler les salariés. Je le vis de près dans l’usine Ford où je travaille. Depuis 2007, nous sommes mobilisés contre les menaces de fermeture. Nous n’avons jamais rien lâché. Seules des mobilisations générales peuvent créer un rapport de forces suffisant pour empêcher les reculs sociaux.

Perspectives, lutte sociales et démocratie directe… maintenant !
Le programme que nous défendons devra être appuyé par les luttes sociales, par la colère des salariés, des peuples. À l’image de ce qui se passe dans le monde arabe et dans les pays européens. Il faut que ça pète… partout, par-delà les frontières, il faut coordonner, unifier les batailles de tous les opprimés. C’est à l’échelle internationale qu’on pourra véritablement changer la donne.
Je ne suis pas un candidat ouvrier mais un ouvrier candidat qui parlera de toutes les questions sociales, d’économie, de féminisme, d’écologie, d’internationalisme et d’antiracisme.
Nous serons ensemble les porte-parole des sans-voix, de tous les opprimés qui souffrent au quotidien.
Nous lançons un appel aux exploités, aux travailleurs, aux jeunes, aux immigrés… Nous allons faire entrer l’indignation sociale et politique dans cette campagne. Car nous sommes solidaires de tous les indignés du monde. Nous sommes frères de tous les peuples qui luttent pour la démocratie dans le monde arabe. Nous sommes frères avec les populations mobilisées partout en Europe et plus loin contre la crise et les plans d’austérité.
La campagne débute. Elle doit être la plus collective possible et permettre de rassembler autour de notre programme l’ensemble des camarades et, au-delà, tous ceux qui veulent s’y associer.

Philippe Poutou, Port-Leucate, le 29 août

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