Une rentrée de guerre de classe

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Les dernières mesures fiscales du gouvernement font une nouvelle fois payer les plus démunis. La riposte sociale doit être unifiée, notamment lors de la journée de manifestations du 11 octobre.

L’enjeu de cette rentrée est plus que jamais celui de la nécessité pour le gouvernement de nous faire payer la crise qui s’approfondit. Le matraquage sur le paiement de la dette publique et l’absolue nécessité de sauvegarder la note AAA, sont censés nous convaincre de la nécessité de partager les efforts, de répartir équitablement les sacrifices. Le plan Fillon se présente comme une juste répartition des efforts alors que ceux-ci ne vont réellement toucher que les plus démunis.

D’un côté le gouvernement refuse de s’attaquer aux 170 milliards d’exonération et d’aides fiscales faites aux entreprises, pendant que la contribution exceptionnelle demandée aux grandes fortunes, censée rapporter 200 millions d’euros, n’est que de la poudre aux yeux et ne peut remplacer les 2 milliards perdus par la réforme de l’impôt sur la fortune. Le prétendu rabotage des niches fiscales se heurte aux lobbying des députés et sénateurs qui, en vue des élections sénatoriales et législatives, tiennent à préserver leurs arrières. Déclenchant ainsi les aboiements des chiens de garde des niches fiscales : Raffarin et de Villiers refusant l’augmentation de la TVA sur les parcs d’attraction, rejoints par les patrons des palaces sur leur lucrative activité réservée aux plus riches de ce monde.

De l’autre, le plan Fillon prévoit une hausse du prix de produits courants, des contrats complémentaires santé, un gel des subventions aux collectivités locales qui ne peut que déboucher sur des hausses d’impôts locaux et une aggravation de la situation des services publics. L’hôpital et l’Éducation nationale avec la suppression de milliers d’emplois dans chacun de ces secteurs, sont en première ligne de cette politique d’agression sociale. Pendant ce temps, l’Insee annonce une nouvelle hausse de la pauvreté en France, avec 8, 2 millions de personnes vivant avec moins de 1 000 euros par mois.

Une opposition réticente
S’opposer à cette politique est l’urgence de l’heure. Pourtant du côté de la gauche traditionnelle c’est pour le moins la confusion. Côté PS, déjà empêtré dans le scandaleux soutien à DSK, c’est la discorde sur fond de bataille pour les primaires. Si le soutien à la « règle d’or » divise les prétendants à la candidature présidentielle, la légitimité de la dette publique n’est pas mise en cause et les désaccords ne portent que sur les modalités de son remboursement et des moyens à mettre en œuvre pour son acquittement. Même si les socialistes espagnols et grecs peuvent attester des difficultés à faire passer cette politique.

Côté syndicats, la préservation de l’unité risque encore de justifier tous les atermoiements. En cette année d’élections professionnelles dans la fonction publique et de redistribution des responsabilités dans les systèmes de retraites, les tensions nées des différences d’appréciations sur la situation et les réponses à apporter, risquent de s’aggraver. Ceux qui comme les directions confédérales CGC, CFTC et CFDT ont signé avec le Medef un document reconnaissant la nécessité de gains de productivité ou qui, comme celle de FO, déclare que le plan Fillon, « ça aurait pu être pire », ne seront évidemment pas à l’avant-garde des mobilisations. Autant d’arguments pour que la direction CGT se contente, pour l’appel à la grève le 11 octobre, de ce que « le principe soit posé, de façon très pragmatique, pour en définir les modalités avec les salariés eux-mêmes »1.

Bien sûr le poids du chômage ou de la mobilisation sur les retraites pèsent sur la combativité des salariés. Mais des résistances existent et obtiennent même des succès. Dans les hôpitaux, dans l’Éducation nationale, dans le secteur du commerce, à la SBFM ou à Ford Blanquefort, à La Poste ou chez Fedex, des milliers de travailleurs se sont mobilisés et ont remporté des victoires, même locales ou provisoires, malgré l’isolement et la répression – les salariés de La Poste, par exemple, ne bénéficient pas des mêmes largesses de la justice que Chirac ou Strauss-Kahn.

Prendre des initiatives, populariser et soutenir les mobilisations est plus que jamais à l’ordre du jour car celles-ci sont la seule voie pour imposer notre refus de payer leur crise.

Robert Pelletier

1. Bernard Thibault, interview dans l’Huma Dimanche du 1er septembre.

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