Ultime hommage à Velvethhttp://blogs.mediapart.fr/blog/Jean-Pierre%20Anselme

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Et voilà, un dernier hommage a été rendu à Jean Robert Lerede, alias Velveth, alias Archie, au cimetière du Père La Chaise, vendredi après-midi. Il y avait sa compagne, son fils, sa famille, beaucoup d'amis et de camarades pour cet adieu très émouvant. Je me permets de publier le petit billet à Archie que j'ai lu à ce moment là. Comme Archie l'aurait aimé, nous nous sommes réunis ensuite pour un pot convivial au café de la Commune, rue d'Aligre.

 


Merci du fond du cœur à tous ceux et toutes celles qui se sont exprimés sur Mediapart et sur ce blog pour exprimer leur affection et leur estime à Archie ; ils ont été ainsi, j'en témoigne, d'un grand réconfort à sa famille.


 

Les habitants du quartier d'Aligre, les commerçants d'un des marchés encore populaire de la capitale, dans le 12e arrondissement de Paris, ne croiseront plus le regard malicieux du plantureux moustachu. Les habitués du café de l'association de son quartier, la Commune libre d'Aligre, n'entendront plus son rire quand, avec des amis, et souvent aussi avec sa compagne, Claire, il venait régulièrement y partager un bon repas bien arrosé.

 

Jean-Robert, alias Velveth, alias Archie était un amoureux de la vie, de la bonne vie. Il avait le goût des autres, il aimait la fête, la chaleur de l'amitié, de la camaraderie, de la fraternité. C'est ce qu'il aimait, disait-t-il, à la Commune libre d'Aligre, dont il était adhérent comme on est membre d'un famille de cœur. Le rabelaisien y trouvait aussi la mise en œuvre de sa conception de la politique, celle qui transforme la vie quotidienne.


Archie était un militant révolutionnaire. C'est à dire, selon lui, un être conscient des rapport de domination qui agit collectivement pour les abolir au profit d'une société véritablement démocratique. Conscient de l'ampleur de la tâche, il était, citant Gramsci, « pessimiste avec l'intelligence, mais optimiste par la volonté ». Il détestait l'élitisme, celui des classes dominantes et, peut-être plus encore, celui de trop de militants.


Communiste libertaire, comme il se définissait, il était à la fois farouchement anti doctrinaire et intransigeant sur les principes, parce que, comme Velveth l'affichait sur son blog : « Céder un peu c'est capituler beaucoup ». Le sectarisme le révulsait. Je l'ai rencontré dans les collectifs unitaires du 12e, au moment du référendum sur le traité constitutionnel. Il n'a eu de cesse depuis, j'en témoigne, de se battre, à la LCR puis au NPA, avec les militants de toutes obédiences du 12e arrondissement, pour promouvoir cet esprit unitaire et fédératif, porte de tous les possibles.


Archie était aussi un journaliste talentueux, blogueur de la première heure à Médiapart. Le titre de son blog : NRV, pour NoirRougeVert. Comme l'a écrit dans son hommage, à l'annonce de sa mort, Edwy Plenel : « Il était un lecteur assidu et un commentateur prolifique et enflammé, qui restera dans la petite histoire de notre petite entreprise comme celui qui aura le plus alimenté les discussions de fond ainsi que les disputes les plus épidermiques. 14 669 commentaires en trois ans, ce n'est pas la moindre des performances de ce débatteur inarrêtable. »


Débattre, échanger, agiter les idées, c'est ce qui nous a réunit dans l'action, il y a un an et demi, en créant un rendez-vous régulier, les Mercredis de la démocratie, dans le cadre des activités du café associatif de la Commune libre d'Aligre. L'Internet avec Aurélien Boch, la police avec Érik Blondin, l'information avec Edwy plenel, la crise du capitalisme avec Martine Orange, la décroissance avec Michaël Longwy, La politique et les mouvements sociaux avec Christian Mahieu, l'oligarchie et la démocratie avec Hervé Kempf, le travail avec Gérard Filoche, les révolutions arabes avec Raphaël kempf et Wassim Golli, l'anarchie — l'idée était de Jean-Robert — avec Irène Pereira.


Des conférences débat, libres et conviviales, dont le succès est allé croissant, que nous préparions par mails par téléphone, et, bien sur, régulièrement, à la manière d'Archie, dans un bon restaurant du quartier d'Aligre. Archie est parti, celui qui est devenu, au fil du temps, un ami, est parti. Mais, c'est une évidence pour moi, comme cela l'aurait été pour lui, j'en suis certain, les Mercredis de la démocratie vont continuer dans la route commune sur laquelle nous nous sommes ensemble engagés.


Enfin, Jean-Robert, alias Velveth, alias Archie était athée, moi aussi, et je me souviens de cette discussion entre nous,  au restaurant bien sûr, à propos de la vie et de la mort, sur l'existence et le sens de la vie, où nous nous accordâmes sur cette formule de Jean-Paul Sartre, dans Les mots : « Si je range l'impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui. » Salut Archie !





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