Sortir du Nucléaire privé de débat à la Fête de l'Huma

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Un Pif gonflable géant à la fête de l'Huma 2006 (DaffyDuke/Flickr/CC)

Squizé des débats de la Fête de l'Humanité, qui se déroule ce week-end à la Courneuve, le réseau Sortir du Nucléaire constate qu'« il est toujours aussi difficile de parler du sujet nucléaire en milieu communiste ». Le groupe militant a payé 1 300 euros son stand dans le « forum des associations », chapiteau regroupant une dizaine d'organisations.

Cet espace a été, selon l'organisateur de la Fête, Sylvère Magnon, « spécialement été créé pour les associations qui n'ont pas les moyens participer à la fête ». Argument un peu tordu pour tenter de faire croire que le réseau est choyé… en réalité, le prix est le même pour tous les stands, mais dans cet espace-là, tente, mobilier, et tout le matériel sont fournis. Et un petit lieu de débat proposé en son centre.

Lorsqu'en août, l'organisation de l'événement demande à Sortir du Nucléaire, comme à toutes les associations, de proposer des débats, le réseau militant suggère :

  • Un débat sur la transition énergétique, co-organisé avec Greenpeace et Attac. Le réseau explique : « On prend contact avec des gens de Global Chance et de Negawatt ». [deux groupes de réflexion reconnus pour leur sérieux, ndlr].
  • Un sur les travailleurs du nucléaire, où la parole aurait été donnée aux sous-traitants comme Thierry Billard, lanceur d'alerte. Denis Baupin (adjoint EELV au maire de Paris) était intéressé.

« Le choix de débats contradictoires »

Début septembre, la réponse tombe : ces débats ne sont pas retenus dans le programme. Explication de l'organisateur :

« Il y avait déjà un débat sur le nucléaire le samedi au forum social, on ne souhaitait pas deux débats au même moment sur le même sujet.
Et puis, on a fait le choix de débats contradictoires, or ce n'était pas la formule proposée par Sortir du Nucléaire, qui proposait un seul point de vue. »

Connu comme très militant, le réseau avait cette fois proposé des thèmes d'ouverture, pas uniquement dénonciateurs. Mais cela n'a pas plu à la Fête et au journal L'Humanité, qui « souhaite la confrontation, aucun sens unique », dixit Sylvère Magnon.

Le goût du débat du rassemblement communiste aurait-il des limites ? Pas du tout à entendre les organisateurs, bien conscients que Fukushima a fait bouger les lignes.

« Aller vers un public pas acquis »

Sortir du Nucléaire, qui a vu ses effectifs militants gonfler depuis la catastrophe au Japon, ne veut « pas tomber dans la polémique », mais « trouve le procédé pas très correct », selon Laura Hameaux, porte-parole du réseau. Elle précise :

« Cette année, il nous semblait primordial d'aller vers ce type de public pas acquis à la sortie du nucléaire. On proposait un débat sur les conditions de travail justement pour dépasser l'opposition primaire entre pro et anti-nucléaires et montrer que la sortie du nucléaire ne se fera pas du jour au lendemain, et que c'est un gros gisement d'emplois. »

Du coup, ceux qui veulent débattre du nucléaire pourront aller au forum social samedi à 13h30 entendre Yannick Rousselet, de Greenpeace, faire face à deux membres de la CGT (Energie et Chimie) sur le thème :

« Quel avenir pour la filière nucléaire en France et dans le monde après Fukushima ? »

Les communistes indécis sur le nucléaire

Un débat pas très équilibré, auquel a essayé de se joindre Sortir du Nucléaire, en dernière minute. Là encore, il a essuyé un refus. Marcelle Allanore, responsable du forum social, justifie :

« Tout est calé depuis juin, on ne peut pas bousculer à la dernière minute, ils peuvent venir dans la salle et prendre le micro. Qu'ils reviennent l'année prochaine. »

L'année prochaine, un nouveau gouvernement aura pris les décisions sur l'avenir du nucléaire. Reste aux communistes, fondus dans le Front de Gauche de Mélenchon, à fixer une ligne claire. Le Parti de gauche était initialement favorable à une sortie du nucléaire, mais depuis que son candidat est le représentant des communistes, il botte en touche et préfère parler d'un référendum. Et les militants ? Ils pourront toujours prendre le micro à La Courneuve.

Photo : un Pif gonflable géant à la fête de l'Huma 2006 (DaffyDuke/Flickr/CC)

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