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qu’elle est moins « obligatoire pour tous ». La solidarité ouvrière, sur- tout dans els grèves ou derrière les barricades, est infiniment plus ca- tégorique que la solidarité humaine en général.
La bourgeoisie, dont la conscience de classe est très supérieure, par sa plénitude et son intransigeance, à celle du prolétariat, a un intérêt vital à imposer « sa » morale aux classes exploitées. Les normes concrètes du catéchisme bourgeois sont camouflées à l’aide d’abstractions morales placées elles-mêmes sous l’égide de la reli- gion, de la philosophie ou de cette chose hybride qu’on appelle le « bon sens ». L’invocation des normes abstraites n’est pas une erreur désintéressée de la philosophie, mais un élément nécessaire du méca- nisme de la lutte des classes. Faire ressortir cette duperie, dont la tra- dition remonte à des millénaires, est le premier devoir du révolution- naire prolétarien.
Le crise de la morale démocratique
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Pour assurer le triomphe de leurs intérêts dans les grandes ques- tions, les classes dominantes se voient obligées de céder quelque cho- se sur les questions secondaires, — tant que, bien entendu, ces concessions demeurent avantageuses. Au temps de l’essor du capita- lisme et surtout dans les dernières décades de l’avant-guerre, ces concessions, tout au moins à l’égard des couches supérieures du prolé- tariat, furent tout à fait réelles. L’industrie était en plein développe- ment. Le bien-être des nations civilisées — et particulièrement de leurs masses ouvrières — s’accroissait. La démocratie paraissait iné- branlable. Les organisations ouvrières grandissaient : les tendances réformistes aussi. Les rapports entre les classes s’adoucissaient, en tout cas extérieurement. Ainsi s’établissaient, dans les relations socia-
Leur morale et la nôtre (1938)    20
les, à côté des normes de la démocratie et des habitudes de paix socia- les, des règles élémentaires de morale. On avait l’impression de vivre dans une société en train de devenir de plus en plus libre, juste et hu- maine. Le « bon sens » tenait pour infinie la courbe ascendante du progrès.
Elle ne l’était pas ; la guerre éclata, suivie de bouleversements, de crises, de catastrophes, d’épidémies, de retours à la barbarie. La vie économique de l’humanité se trouva dans une impasse. Les antago- nismes de classes s’aggravèrent et se démasquèrent. L’un après l’autre, on vit sauter les mécanismes de sûreté de la démocratie. Les règles élémentaires de la morale se révélèrent plus fragiles encore que les institutions démocratiques et les illusions du réformisme. Le men- songe, la calomnie, la corruption, la violence, le meurtre prirent des proportions inouïes. Les esprits simples, confondus, crurent que c’étaient là les conséquences momentanées de la guerre. Ces désa- gréments étaient et demeurent en réalité les manifestations du déclin de l’impérialisme. La gangrène du capitalisme entraîne celle de la so- ciété moderne, droit et morale compris.
Le fascisme, né de la banqueroute de la démocratie en présence des tâches assignées par l’impérialisme, est une « synthèse » des pires maux de cette époque. Des restes de démocratie ne se maintiennent que dans les aristocraties capitalistes les plus riches : pour chaque « démocrate » anglais, français, hollandais, belge, travaille un certain nombre d’esclaves coloniaux; «soixante familles» gouvernent la démocratie aux États-Unis... Et les éléments du fascisme croissent rapidement dans toutes les démocraties. Le stalinisme est à son tour le produit de la pression de l’impérialisme sur un État ouvrier arriéré et isolé ; il complète ainsi, en quelque sorte symétriquement, le fascisme.
Tandis que les philistins idéalistes — et les anarchistes en premier lieu, naturellement — dénoncent sans se lasser l’« amoralité » marxis- te, les trusts américains dépensent, d’après John LEWIS, plus de qua- tre-vingts millions de dollars par an à combattre la « démoralisation »

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