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évolutionnaire, c’est-à-dire en frais d’espionnage, de corruption d’ouvriers, d’impostures judiciaires et d’assassinats ! L’impératif ca- tégorique suit parfois, vers son triomphe, des voies bien sinueuses !
Notons, par souci d’équité, que les plus sincères et aussi les plus bornés des moralistes petits-bourgeois vivent aujourd’hui encore du souvenir idéalisé d’hier et de l’espérance d’un retour à cet hier. Ils ne comprennent pas que la morale est fonction de la lutte des classes ; que la morale démocratique répondait aux besoins du capitalisme libé- ral et progressiste ; que la lutte des classes acharnée qui domine la nouvelle époque a définitivement, irrévocablement détruit cette mora- le ; que la morale du fascisme d’une part, et de l’autre celle de la révo- lution prolétarienne, s’y substituent en deux sens opposés.
Le « Bon sens »
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La démocratie et la morale « généralement admise » ne sont pas les seules victimes de l’impérialisme. Le bon sens « inné à tous les hom- mes » est sa troisième victime. Cette forme inférieure de l’intellect, nécessaire dans toutes les conditions, est aussi suffisante dans certai- nes conditions. Le capital principal du bon sens est fait de conclusions élémentaires tirées de l’expérience humaine : Ne mettez pas vos doigts dans le feu, suivez de préférence la ligne droite, ne taquinez pas les chiens méchants... et cætera, et cætera. Dans un milieu social sta- ble, le bon sens se révèle suffisant pour faire du commerce, soigner des malades, écrire des articles, diriger un syndicat, voter au parle- ment, fonder une famille, croître et multiplier. Mais sitôt qu’il tente de sortir de ses limites naturelles pour intervenir sur le terrain des généra- lisations plus complexes, il n’est plus que le conglomérat des préjugés d’une certaine classe à une certaine époque. La simple crise du capita- lisme le décontenance ; devant les catastrophes telles que les révolu-
Leur morale et la nôtre (1938)    22
tions et les guerres, le bon sens n’est plus qu’un imbécile tout rond. Il faut, pour connaître les troubles « catastrophiques » du cours « nor- mal» des choses de plus hautes qualités intellectuelles, dont l’expression philosophique n’a été donnée jusqu’ici que par le maté- rialisme dialectique.
Max EASTMAN, qui s’efforce avec succès de donner au « bon sens » l’apparence littéraire la plus séduisante, s’est fait de la lutte contre la dialectique matérialiste une sorte de profession. Les truismes conservateurs du bon sans unis au bon style d’EASTMAN passent pour former la « science de la révolution ». Venant à la rescousse des snobs réactionnaires du « Common Sense », Max EASTMAN enseigne avec une inimitable assurance que si TROTSKY, au lieu de s’inspirer de la doctrine marxiste, s’était inspiré du bon sens, il... n’eût pas perdu le pouvoir. La dialectique intérieure qui s’est jusqu’ici manifestée dans la succession des phases de toutes les révolutions n’existe pas pour EASTMAN. Il tient que la réaction succède à la révolution parce que l’on ne respecte pas assez le bon sens. Eastman ne comprend pas que STALINE s’est précisément trouvé, dans l’histoire, la « victime » du bon sens, car le pouvoir dont il dispose sert à des fins hostiles au bol- chevisme. Au contraire, la doctrine marxiste nous a permis de rompre avec la bureaucratie thermidorienne et de continuer à servir le socia- lisme international.
Toute science — et ceci vaut pour la « science de la Révolution » 1 — est sujette à la vérification expérimentale. EASTMAN, qui sait com- ment l’on garde le pouvoir révolutionnaire quand la contre-révolution l’emporte dans le monde entier, doit bien savoir comment l’on peut conquérir le pouvoir. On souhaite qu’il consente enfin à livrer ses se- crets. Le mieux serait qu’il le fît en nous donnant le programme d’un parti révolutionnaire sous ce titre : « Comment conquérir et garder le pouvoir ? »    Mais    nous    craignons    que    le    bon    sens,    précisément,
1
Max EASTMAN est l’auteur d’un ouvrage intitulé : « La science de la Révolu- tion. » (Paru en français chez Gallimard.)

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