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Fichiers croisés, flics infiltrés: les eurogauchistes dans le viseur (part.2)

7 septembre 2011
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Si les fichiers policiers ont le vent en poupe, le recours aux méthodes plus traditionnelles de répression policière restent encore d’actualité. C’est l’objet d’une autre analyse passionnante de Statewatch, livrée en février dernier (document PDF en anglais), sur des commandos de flics infiltrés pour surveiller ce qui est appelé ouvertement les « euro-anarchistes ».

La pratique prévue au sein de l’UE depuis 2000 dans une « convention sur l’assistance mutuelle en matière criminelle ».

La nouveauté, si l’on peut dire, c’est d’envoyer des taupes anglaises dans les groupes radicaux allemands, par exemple. Ce qui aurait tendance à éveiller un peu moins les soupçons auprès des « vrais » militants…

 

Infiltrés itinérants et interchangeables…

 

C’est ce qu’a révélé le président de la police criminelle allemande (BKA), Jörg  Ziercke, devant des parlementaires. En donnant l’exemple de cinq officiers allemands « empruntés » par les britanniques lors du sommet du G8 de Gleneagles (Royaume-Uni) en 2005. Inversement, des flics de Scotland Yard ont infiltré des groupes radicaux allemands ou autrichiens. Comme début 2007 lors du G8 de Heiligendamm en Allemagne. A l’issue de ce sommet, le Conseil de l’UE finalisera un document pour légaliser cette pratique juridiquement instable (visant à « simplifier le déploiement transfrontaliers d’officiers infiltrés » [undercover officers]). Les « contrevenants transfrontaliers » — travelling violent offenders, cf notre premier volet — sont alors en bonne compagnie…

Citons le cas d’un certain Mark Stone. Ce faux militant de 40 ans s’est fait « outer » (repérer) en octobre 2010, d’abord dans un article anonyme paru sur Indymedia UK, et trois mois plus tard dans une enquête fouillée du quotidien The Guardian (lire ici une traduction fidèle de leur enquête).

Ce type s’appelait en réalité Mark Kennedy, et c’était un flic de la Met’ Police (Scotland Yard), membre d’un commando créé à la fin des années 90, le NETCU (National Extremism Tactical Coordination Unit) et chargé, résume Statewatch, « de surveiller les groupes anarchistes et d’anti-globalisation, comme les activistes de défense des animaux », très actifs au Royaume-Uni.

Mark Kennedy, infiltré professionnel, avant et après…

Kennedy, depuis 2003, est ainsi parvenu à infiltrer une douzaine de groupes radicaux en trainant ses guêtres dans une vingtaine de pays. Au lendemain de ces révélations, il a démissionné et exprimé ses plus vifs « regrets » (sic) à l’adresse de ses anciens « compagnons » qu’il a trahi pendant 7 ans. Dans un long entretien-confession accordé au tabloid anglais Daily Mail, il révèle que son téléphone Blackberry était sans cesse géolocalisé pour que ses chefs sachent où il se trouvait « en cas de problème »…C’était avant que les smartphones fassent flipper le Prime Minister David Cameron.

Juste après Kennedy, ce fut au tour de Simon Bromma, infiltré au sein des camps Noborder, de tomber à son tour, « outé » en décembre 2010. Six jours avant d’être grillé, Kennedy avait pris contact avec des membres français du groupe Dissent! — d’origine britannique, né en 2005 — afin de noyauter des actions qui se préparaient en 2011 à l’occasion des sommets du G8 (Deauville) et du G20 (à Cannes en novembre prochain).

Entendu par des députés, c’est le chef de la BKA en personne qui a révélé la cible principale de ces commandos interchangeables : les euro-anarchistes, simples militants comme « terroristes » d’extrême gauche (sic). Selon lui, il y a donc une « européanisation de la scène anarchiste » notamment en Grèce, Espagne, Grande-Bretagne, France, Danemark et Allemagne.

Un policier infiltré remet son brassard à l'abri des CRS (crédit RichardTrois / lepost.fr)

Et pour finir sur une note franchouillarde, Statewatch note que « peu de choses sont connues sur le rôle de la France dans la coopération internationale de policiers infiltrés. » « Ce type d’opérations sous couvertures, en lien avec des polices étrangères, sont gérées par le Service Interministériel d’Assistance Technique (SIAT) », un service de la PJ créé en 2004, comme l’écrit ici l’Express. « Il est fort probable que les autorités françaises déploient aussi des infiltrés dans les sommets internationaux ou dans des mouvements [écologistes]. La coopération policière franco-allemande fait souvent l’objet d’éloges. Lors du sommer de l’OTAN [Strasbourg, 2009], au moins quatre inspecteurs infiltrés ont été déployés. »

On ne peut rien leur cacher. Lors des manifs contre la réforme des retraites à l’automne 2010, ces faux-casseurs à capuche s’étaient fait repérés plus d’une fois.


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