Par Bernard Teper

Publié le

Pascale Le Néouannic1 vient de commettre un livre2 que nous devons populariser, car c’est un outil d’éducation populaire tournée vers l’action de première importance. Avant de parler de son livre, replaçons-le dans le contexte diachronique du combat laïque.

Petit manuel de laïcité à usage citoyen

La bataille pour la laïcité est consubstantielle à la bataille pour la République sociale. Engagée pendant la grande Révolution française, elle participa à l’émergence de la 1re république le 22 septembre 1792. Puis, plusieurs avancées et reculs ont eu lieu selon les rapports de force politiques jusqu’à l’estocade des lois scolaires du début de la 3e république et de la célèbre loi dite de séparation des églises et de l’État promulguée le 9 décembre 1905 dans le Journal officiel daté du 11 décembre. Jean Jaurès scella alors le lien entre le principe laïque et la République sociale en appelant à lier le combat laïque au combat social pour aboutir à la République sociale.

Puis, le lobby catholique se reconstitue et pousse la droite à engager une politique réactionnaire contre la laïcité (et bien sûr contre le social). Au début, elle réussit à faire reculer la laïcité par la loi Astier votée après la 1re guerre mondiale et à refuser d’appliquer la loi de 1905 en Alsace-Moselle grâce à une trahison d’une partie de la gauche. Mais le Front populaire réenclenche le chemin de l’émancipation avec les circulaires de Jean Zay interdisant les signes politiques et religieux à l’école publique. Bien évidemment, la droite collaboratrice du Maréchal Pétain modifie la loi en faisant reculer cette loi émancipatrice. Mais surtout, le lobby catholique, organisé autour du Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC), lance un processus de détricotage de la loi de 1905 notamment avec la loi Debré en 1959. La réaction de la gauche politique et syndicale est à la hauteur de l’enjeu avec le Serment de Vincennes de 1960 et ses 11 millions de signatures. Mais la majorité de la gauche politique et syndicale va trahir le Serment de Vincennes. À partie de là, le lobby catholique et le SGEC détricote la loi 1905 années après années de la loi Guermeur à la loi Carle. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 ne permet pas la reprise du chemin de l’émancipation en matière de laïcité malgré une majorité à l’Assemblée nationale. Pire, les sociaux-libéraux du PS et du bloc syndical enseignant organisent l’alliance gauche/droite autour des slogans révisionnistes et antilaïques de la laïcité « ouverte, plurielle, de reconnaissance, etc. » annonçant la laïcité « positive » de Nicolas Sarkozy ». Cerise sur le gâteau néolibéral, c’est l’article 10 de la loi Jospin du 10 juillet 1989 qui annule les circulaires de jean Zay du front populaire. Tout est à refaire.

Le sursaut vient du Grand Orient de France qui organise le banquet républicain de Créteil le 21 octobre 1989 de 1500 personnes pour une loi contre les signes religieux à l’école. Le mois suivant, à l’initiative de Catherine Kintzler, le manifeste laïque signé par 5 intellectuels fait la Une du Nouvel Observateur. Le relais est pris ensuite par Initiative Républicaine (IR, association dont votre journal ReSPUBLICA est l’héritier !) lors de son rassemblement à la Mutualité en décembre 1992 en présence de tous les intellectuels laïques (Catherine Kintzler, Henri Pena-Ruiz). Puis, l’UFAL reprend le flambeau en 1997 jusqu’à la victoire de la loi du 15 mars 2004. Depuis, sur d’autres dossiers, le lobby catholique, allié aux lobbies des autres structures religieuses et aux forces néolibérales de gauche et de droite, organise un détricotage par des jurisprudences communautaristes. In fine, le paradoxe est que c’est la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg grâce à son interprétation de l’article 9 du texte qui la régit qui empêche les néolibéraux communautaristes de droite et de gauche de faire encore pire.

Puis, Pascale le Néouannic, secrétaire national du Parti de gauche, conseillère régionale Ile-de-France, anime un groupe de travail qui aboutit à une proposition de loi-cadre de « promotion de la laïcité et de clarification des règles de son application concrète ». La proposition de loi est enregistrée au Sénat le 6 avril 2011 sous la signature de deux sénateurs du Parti de gauche : Marie-Agnès Labarre et François Autain. ReSPUBLICA a déjà relaté ce fait politique. Il manquait un livre très « éduc-pop » pour compléter les outils de la campagne de promotion de la laïcité. Ce livre est dans toutes les bonnes librairies. Henri Pena-Ruiz commence la préface du livre de la façon suivante : « Pour la première fois depuis 50 ans (depuis le Serment de Vincennes, NDLR), une force politique ose envisager une authentique refondation laïque de la République… » Pascale le Néouannic termine son livre de la façon suivante : « A la gauche laïque, écologique, celle de la République sociale, de repartir à l’offensive. »

Vous avez compris : ce livre doit être lu par tous ceux qui ont compris qu’il ne peut pas y avoir d’émancipation sans les ruptures démocratique, laïque, sociale et écologique. Ce livre doit être lu par les lecteurs de ReSPUBLICA !

Bien évidemment, ce livre présente la proposition de loi dont nous venons de parler. Pascale Le Néouannic en montre les enjeux, elle décrypte la guerre que la droite néolibérale mène contre la laïcité avec quelquefois le soutien de la gauche ordo-libérale. Elle reprend les idées de Condorcet, de Catherine Kintzler et d’Henri Pena-Ruiz pour les ordonner politiquement. Elle reprend tous les sujets d’actualité : le nocif rapport Machelon, les prières de rue, la communautarisation de l’argent public, la sous-traitance donnée par les néolibéraux de droite et de gauche aux structures religieuses pour remplacer les services publics d’aide sociale et d’intégration qu’ils privatisent, l’instrumentalisation cancérigène des différentes extrêmes droites qui tentent d’utiliser le principe laïque d’organisation sociale en machine de ségrégation antimusulmane alors que le principe de laïcité est un principe qui permet le vivre ensemble et la liberté des cultes, le chèque-éducation, la décentralisation cheval de Troie, la marchandisation et la privatisation rampante de l’école, les zones de non-droit, le droit de l’enfant, l’école privée expérimentation du formatage des consciences, le corps des femmes en jeu, les fondations religieuses, la tolérance qui sacralise l’inégalité, etc.

Prenons ce livre pour ce qu’il est : un ouvrage pour rendre un citoyen éclairé. Il reste à écrire d’autres livres notamment en donnant un corpus juridique aux combattants de la laïcité dans la bataille de tous les jours face aux interprétations de plus en plus communautaristes du droit positif. Mais le livre de Pascale le Néouannic n’a pas de concurrent dans la forme qu’elle a souhaité : simple, clair, précis, offensif, compréhensible par tous.


  1. Pascale Le Néouannic, Conseillère régionale, Présidente du Groupe Front de Gauche & Alternatifs à la Région Ile-de-France ; conseillère municipale d’opposition à Antony (92), Secrétaire nationale du Parti de Gauche en charge des Libertés, de la Laïcité et des Institutions. []
  2. Petit manuel de laïcité à usage citoyen (135 pages, petit format) écrit par Pascale Le Néouannic édité dans la collection Politique à gauche de Bruno Leprince 6 euros, livre préfacé par Henri Pena-Ruiz []
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article