Le business de la non-formation des profs

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L’absence de réelle formation professionnelle des profs débutants attise la convoitise des organismes privés. « Fiches pratiques » et autres « coachings personnalisés » se multiplient sur Internet, avec la bénédiction du ministère.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Voilà une morale sur laquelle les quelque 13 500 enseignants stagiaires de cette rentrée 2011 peuvent méditer. Lâchés dans les classes sans réelle formation professionnelle, ils bénéficient, en revanche, de toute l’attention des organismes privés, qui ont flairé la bonne affaire. Histoire de pallier les lacunes de l’éducation nationale, un véritable business de la formation se développe sur Internet, à coups de « fiches payantes » et autres « coachings ».

Parmi les premiers à se placer, Forprof, spécialisé dans la préparation des étudiants aux concours de l’enseignement, vient de lancer apprentissime.org, un site Internet qui délivre « conseils » et « outils pratiques », ainsi que la promesse d’un « accompagnement personnalisé » du jeune prof par des maîtres formateurs. Le tout pour 20 euros par mois. Les éditeurs ne sont pas en reste, évidemment. En vogue, les ouvrages téléchargeables sur Internet pour une somme allant de 10 à 20 euros.

Le plus navrant, c’est que le ministère de l’Éducation nationale ne trouve rien à redire à cette démarche, qui renvoie à chaque jeune prof la responsabilité de se former lui-même. Le 22 août, un autre site (jeunesprofs.com) a été lancé par la Casden, qui appartient au groupe Banque populaire Caisse d’épargne, en partenariat avec l’éditeur Rue des écoles et le journal le Monde. Ce nouvel «outil» propose des fiches pratiques et même une méthode de relaxation. Le site, gratuit, est accessible aux enseignants stagiaires via un code qui leur a été distribué lors des journées de prérentrée dans les rectorats. Le porte-parole de la Casden,  Charles Mainguet, expliquait fin août au journal La Vie que cette proposition répondait à une véritable demande : «Nous avons eu d’importantes remontées de terrain, l’an dernier, qui faisaient état d’une grande détresse chez les stagiaires.» Détresse que le ministère n’a cessé, l’an passé, de minimiser.

Un discours, d’ailleurs, que continue de servir Luc Chatel. « L’année dernière était une année de transition. En cette rentrée, il y a des améliorations significatives », a expliqué, jeudi, le ministre. En fait, d’« améliorations significatives », l’accueil de prérentrée des débutants est passé de trois jours à cinq, et ils ont pu théoriquement suivre des stages en classe pendant leur deuxième année de master. Dans les faits, c’est loin d’avoir été toujours le cas, ces stages restant facultatifs dans une année surchargée. Quant aux cinq jours d’accueil, au moins 39 départements n’ont pu les offrir, selon le SNUipp-FSU.

Dans les faits, la situation est même pire cette année. Dans les collèges et lycées, les débutants commencent à temps plein et non plus à temps partiel. Quant au fameux tuteur censé suivre le stagiaire, au moins 27 départements n’en proposent pas dans les écoles. Le business de la formation privée a encore de beaux jours devant lui…

le sondage boomerang de chatel

Une balle dans le pied ? Le 29 août, le ministère a publié un sondage Ipsos sur l’état d’esprit des enseignants stagiaires de l’année dernière. Si une large majorité d’entre eux confirment ne pas regretter d’avoir choisi ce métier, ils sont en revanche près de 70 % à se déclarer insatisfaits de leur formation. Dif­fi­culté d’apprendre son métier tout en pré­pa­rant les cours, d’ac­com­pa­gner les élèves en échec… Le sondage aurait pu être instructif pour le ministre. Las, Luc Chatel voulait juste communiquer. Raté.

Laurent Mouloud

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