Santé : Les Lilas ne sont pas à vendre !

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Le personnel de la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis) se battent pour sauvegarder leur établissement. Entretien avec Marie-Laure Brival, animatrice du collectif de défense de la maternité.

Peux-tu nous présenter l’établissement et l’histoire de la maternité ?

La maternité des Lilas est un établissement privé à but non lucratif participant au service public hospitalier. Historiquement elle s’est construite sur une base «libertaire» et sous l’influence des idées qui allaient amener Mai 68. L’idée de base était de sortir des carcans imposés par la médicalisation de la maternité auquel on assistait à l’époque et de promouvoir une approche de la maternité comme phénomène physiologique et non comme une maladie, même si un environnement médical peut être nécessaire. L’idée était d’avoir une approche «globale», humaniste, de préparation à l’accueil d’un enfant.

Un autre aspect militant est venu après 1968 avec la place qu’a occupé les Lilas dans la bataille pour la reconnaissance du droit à l’IVG: participation au MLAC, manifeste des «343 salopes», pratique militante illégale d’IVG avant la loi Veil. En gros, toute la bataille pour le droit à disposer de son corps et le droit au respect des différents événements d’une vie.

Actuellement, nous sommes encore en pointe pour la mise en œuvre de la loi sur les IVG entre 12 et 14 semaines, que de nombreux établissement refusent de pratiquer alors que la loi le permet.

Nous sommes donc un établissement dédié à l’obstétrique et nous réalisons 1 700 accouchements par an et 1 300 IVG (pour rappel environ 220000 IVG en France par an).

Qu’en est-il de la place des Lilas dans la question de l’IVG ?

La situation, comme dans de nombreux endroits, se dégrade. Il y a un manque de professionnels, et des équipements disparaissent. Par exemple il n’y a plus de blocs pratiquant l’anesthésie locale à Saint-Denis et à Montreuil. Le centre de Bobigny a failli fermer l’an dernier. De nombreuses femmes ont dû aller à l’étranger cet été.

On assiste à un désengagement de l’hôpital de cette activité au prétexte de l’IVG médicamenteuse. Cette méthode qui représentait un progrès dans le choix offert aux femmes est pervertie pour des motifs financiers. Aujourd’hui les centres d’IVG se voient fixer des objectifs de pourcentage d’IVG médicamenteuse à réaliser pour obtenir leur financement.

Pourquoi la remise en cause du projet de reconstruction? Les Lilas sont-ils en difficulté financière ?

Depuis de nombreuses années nous avions engagé un travail pour reconstruire la maternité et tout avait été validé: acquisition du terrain, permis de construire, plan et architecte, financement autorisé par l’ancien ARH1 et la ministre madame Bachelot… et puis fin 2010 l’ARS2, dirigée par Claude Évin, annonce que cela ne convient pas et cherche des prétextes pour remettre en cause le projet. Pourtant le prétexte souvent mis en avant n’existe pas: les Lilas sont en équilibre financier!

Petit à petit, l’ARS cherche à poser ses exigences : il faudrait que l’établissement soit adossé à un gros hôpital, Montreuil ou Robert Debré de l’assistance publique, ce qui à terme mène à la disparition et pose des problèmes de gouvernance, de difficultés de recrutement…

En réalité ils ont un modèle, le gros centre qui réalise 4 000 à 5 000 accouchements par an et ils veulent faire disparaître ce qui ne correspond pas à ces objectifs. L’approche financière et comptable est leur seul objectif et la qualité du travail, les besoins et le droit des femmes au choix leur importent peu. Au mépris de tout choix démocratique ils veulent imposer un modèle de rentabilité de la santé.

À ce propos, il a été évoqué que Claude Évin et son équipe de direction vous suggérait de vous faire racheter par un fonds de pension australien. Qu’en est-il ?

Effectivement, fin juin, début juillet, l’ARS a en quelque sorte dévoilé ses intentions.

Claude Évin que j’interpellais sur le risque d’être amené à être repris par le privé lucratif, m’a répondu: pourquoi pas!

Et puis le 8 juillet , dans une réunion tripartite avec la mairie et le collectif, il a confirmé.

Le groupe Ramsay santé, fonds de pension australien, cherche à investir et une opération est envisagée pour créer dans le 93 un gros pôle privé en travaillant au regroupement de deux autres cliniques privées lucratives en en absorbant les Lilas.

Concrètement, l’ARS veut faire place nette pour le privé lucratif. En bloquant le projet adopté de reconstruction, l’ARS cherche donc à jouer la montre et joue le pourrissement.

Une initiative importante se prépare pour le samedi 24 septembre, peux-tu nous parler du collectif ?

Le 23 mars s'est créé un collectif dans l’établissement avec les personnels pour soutenir le projet de reconstruction. Nous étions présentes dès le 2 avril à la Bastille dans le cadre de la journée unitaire. En juin, nous sommes intervenus aux assises départementales de la santé. Nous avons fait une pétition qui a récolté déjà plus de 10000 signatures, il y a des tee-shirts, des cartes postales, les femmes qui sont passées aux Lilas ou qui le fréquentent actuellement, le soutiennent, bref la mobilisation s’organise.

Notre combat est soutenu par des collectifs comme la Coordination nationale de défense des hôpitaux et maternités de proximité et le mouvement Notre santé en danger.

Au niveau local, il y a des usagers, des syndicats comme SUD et la CGT, des partis politiques, et des associations comme la Cadac, le planning familial ou l’Ancic. Le maire soutient notre projet.

Le 24 septembre il y a donc une manifestation aux Lilas à partir de 10 h 30 devant la maternité, rue du Coq français. De nombreuses personnalités ont annoncé leur présence.

Comme le dit notre tract, la santé n’est ni une marchandise, ni une industrie, ni une spéculation financière mais un droit fondamental, un bien commun universel.

Nous vous attendons nombreux et nombreuses.

Propos recueillis par Roland Foret.

1. Agence régionale de l'hospitalisation.

2. Agence régionale de santé.

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