Qatar : le bel argent d’une sale dictature Par JONAS EKHR

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Il paraît que le PSG, la Ligue française de football, la FIFA, un joueur de foot dont le coup de tête est devenu célèbre, et j'en passe, se félicitent de faire des affaires avec le Qatar. Mais qu'est-ce que le Qatar ? Quel est son régime politique ? Quel y est le régime des libertés publiques et individuelles ?   Une dictature personnelle, héréditaire, mâle et islamique

Le Qatar est une dictature personnelle héréditaire, ayant l'islam pour religion d'Etat, faisant de la charia la principale source de sa législation, et où la citoyenneté est soumise à l'appartenance ethnique à la nation arabe et à l'appartenance religieuse à l'islam (art. 1 de la Constitution).

Tout en affirmant que le Qatar est un Etat démocratique, la Constitution prévoit que le pouvoir se transmet de façon héréditaire au sein de la famille Al Thani, par les héritiers mâles d'Hamad bin Khalifa bin Hamad bin Abdullah bin Jassim (art. 8). Le pouvoir est transmis par l'émir au fils qu'il désigne son "héritier apparent". Celui-ci doit bien sûr être musulman et née d'une mère musulmane qatarie (art. 9) - double garantie confessionnelle et ethnique. A sa désignation, l'héritier apparent prête le même serment que l'émir (art. 10, 74) : "Je jure par Allah tout-puissant de respecter la chariah islamique [...]." Il jure aussi "d'être loyal à l'émir". Point important : la rémunération de l'émir est fixée par l'émir lui-même (art. 17).L'émir détient tous les pouvoirs. L'article 67 prévoit qu'il élabore la politique de l'Etat, adopte les lois, réunit le conseil des ministres "si l'intérêt public l'exige", crée et organise les ministères et autres services de l'Etat, définit leurs compétences. Il nomme l'ensemble du personnel civil et militaire, et le congédie à son gré.

L'article 21 défend des principes que ne renieraient pas notre bon maréchal Pétain : "La famille est le fondement de la société. Ses pilliers sont la religion, la morale, l'amour de la nation."

Par l'article 26, le « business » est considéré comme "fondamental pour l'éthos social de l'Etat." D'où, sans doute, le suractivisme actionnaire de l'émir, entre autres dans le sport français.

Un parlement sans pouvoir, un émir tout-puissant

L'autorité législative s'appelle - cela en dit long - le "Conseil consultatif". Il est composé de 45 membres, dont 30 élus à bulletin secret et 15 nommés par l'émir. Il suffit donc de huit autres pour que l'émir y ait la majorité absolue, qui est de 23. Ses membres jurent, "par Allah tout-puissant, d'être fidèles à l'émir et de respecter la chariah islamique" (article 92).

L'émir a le droit d'ajourner la réunion du Conseil consultatif pour une période n'excédant pas un mois (art. 90) ; il peut aussi le dissoudre, mais doit expliquer pourquoi. Il ne peut le dissoudre une deuxième fois pour la même raison (art. 104). Après dissolution, des élections doivent être tenues dans les six prochains mois ; pendant ce temps, l'émir assure le pouvoir législatif.

Examinons maintenant les pouvoirs du Conseil consultatif : ses membres peuvent proposer une loi. Si l'émir ne l'approuve pas, il a trois mois pour la retourner au Conseil consultatif. Celui-ci ne peut alors la maintenir qu'à la majorité des deux tiers. L'émir doit théoriquement l'adopter, mais il peut, "quand c'est absolument nécessaire, mettre fin à son application pendant une période qu'il juge conforme aux grands intérêts du pays" (art. 106).

S'agissant d'argent, le Conseil consultatif ne peut amender le budget de l'Etat qu'avec l'accord de l'émir (art. 107). Il a le droit d'exprimer des opinions, de demander des explications aux ministres, de leur poser des questions (art. 108, 109, 110). C'est un parlement fantoche, sans pouvoirs, à tout moment placé sous la tutelle de l'émir-dictateur.

S'agissant de l'Autorité exécutive, premier ministre et ministres sont nommés par l'émir. Ils jurent "par Allah tout-puissant, d'être fidèles au pays et à l'émir [et] de respecter la chariah islamique" (art. 118, 119). Le rôle du gouvernement est d'assister l'émir dans l'exercice du pouvoir exécutif (art. 120). L'émir approuve ou non les propositions de loi du gouvernement. Le premier ministre et les ministres sont personnellement responsables devant l'émir (art. 123). Enfin, on ne peut bien sûr modifier la Constitution sans l'autorisation et l'approbation de l'émir (art. 144). Et autres douceurs de vivre...  Connu et dénoncé pour sa pratique du travail forcé, le Qatar prévoit la peine de mort en cas d'apostasie (renonciation à sa foi). Les femmes se sont vues octroyer le droit de vote et d'éligibilité en 1999. La sodomie entre adultes consentants est sanctionnée de cinq années de prison. Le Qatar tolère la pratique d'autres religions, à condition qu'elles restent discrètes. Une église chrétienne ne peut ainsi arborer ni croix, ni cloches. La présence de missionnaires est interdite.

Le Qatar est bien sûr doté d'un Code de la famille, qui rend le divorce facile aux hommes et difficile aux femmes. Récemment, un tribunal a décidé que l'indemnisation d'une famille pour la mort d'une femme et de sa fille devait être égale à la moitié de celle prévue pour la mort de son mari et de son fils, "onformément à la chariah".

Selon Amnesty International, "onze étrangers au moins ont été déclarés coupables de blasphème. Trois d'entre eux ont été condamnés à la peine maximale de 7 ans de prison pour avoir utilisé des termes considérés comme insultants envers l'islam". C'était notamment le cas d'un Syrien, déclaré coupable d'"avoir insulté l'islam dans un accès de rage" parce qu'il avait prononcé un mot blasphématoire lorsque le crédit de son téléphone mobile avait expiré durant une conversation. Le tribunal a ordonné son expulsion du pays.

En outre, le débat se poursuit à propos de l'adoption éventuelle d'une nouvelle loi sur la presse et les publications en remplacement de la Loi n° 8 de 1979, laquelle "punit d'une peine d'emprisonnement toute critique envers la religion, l'armée et l'émir."

Toujours selon Amnesty, en 2009, «"es travailleurs étrangers, qui constituaient plus de 80 % de la population du Qatar, continuaient d'être exposés aux abus et à l'exploitation de la part de leurs employeurs. Ils ne bénéficiaient toujours pas d'une protection juridique satisfaisante. Les employées de maison étrangères risquaient tout particulièrement d'être exploitées et maltraitées, et notamment d'être battues ou violées, entre autres violences sexuelles." "Une nouvelle loi sur le parrainage, adoptée en février, et qui vise à réglementer l'entrée, la sortie, le séjour et le travail des étrangers, a introduit quelques améliorations. En particulier, les employeurs ne peuvent désormais plus conserver le passeport de leurs employés une fois les formalités de visa accomplies." Au moins 18 personnes, des étrangers pour la plupart, ont été condamnées à des peines comprises entre 40 et 100 coups de fouet pour "relations sexuelles illicites" ou consommation d'alcool. On ignore si elles ont été appliquées. Trois personnes au moins ont été condamnées à mort et cinq sentences capitales ont été confirmées en 2009. À la fin de l'année, 27 prisonniers au moins étaient sous le coup de la peine capitale.   Finalement, il suffit qu'une dictature islamique soit prête à signer de juteux contrats pour que la chariah, les traitements inhumains et dégradants, l'infériorité institutionnalisée des femmes, l'enfermement des étrangers aient le charme discret de l'exotisme, masqué par celui, plus sonore, du bel et bon affairisme. Avis aux talibans : il ne vous manque, pour plaire à l'Occident, que de l'argent.

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