Les « Souchiens » de Bouteldja : le racisme anti-Blancs existe .Par Mouloud Akkouche | Ecrivain

Publié le

Combattre l'Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne) est nécessaire mais pas à n'importe prix. Comme le font ces pétitionnaires, qui prennent la défense de Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, poursuivie pour injure raciale par l'association toulousaine d'extrême droite.

La première fois que je la vis à la télé, elle débattait face à Alain Finkielkraut. Les visages grimaçant de l'un et l'autre – revus dans d'autres émissions – affichent systématiquement la même haine.

Elle, attaquant les « Souchiens » dans l'émission de FR3 « Ce soir (ou jamais ! ) » de Frédéric Taddeï du 21 juin 2007. Elle, ayant du mal à voiler son apologie de l'antisémitisme derrière un antisionisme de façade.

Lui, diluant insidieusement son racisme anti-Blacks-Blacks-Blacks et Arabes, dans un discours pseudo-philosophico-politique. Ennemis à la même haine et aux boucs-émissaires différents. Sa phrase :

« Ce que nous, on appelle les “Souchiens” [en référence aux Français de souche, et ce qui, pour moi, s'apparente à un jeu de mots homophonique sur “Sous-chiens”, ndlr], puisqu'il faut bien leur donner un nom : les Blancs. »


En Seine-Saint-Denis : « Sale Française »

Existe-t-il un racisme anti-Français ? Un linguiste balayerait l'association de « racisme » et « Français » (une nationalité) mais on l'entend souvent à droite et à gauche.

Depuis sa rentrée, la fille d'une amie de Montreuil (Seine-Saint-Denis) se fait traiter de « sale Française » dans un lycée de sa ville. Du fait de l'évitement scolaire (bobos, cadres et classe moyenne), les collèges et lycées de cette ville sont fréquentés en majorité par des Noirs et Maghrébins.

Il serait intéressant aussi de savoir où vivent la plupart des pétitionnaires. Leurs enfants et petits-enfants n'ont pas dû effectuer leur scolarité dans les écoles publiques des quartiers dits « sensibles ». Bien sûr, chacun cherche le meilleur pour sa progéniture. Mais les citoyens démunis ne sont plus dupes des envolées solidaires de certains dirigeants de gauche et de leurs modes de vie au quotidien. Vis comme je te dis, pas comme je vis.

Les propos violents de cette poignée d'élèves contre une gamine sont comme ceux de Houria Bouteldja. Des insultes inadmissibles ! Pourtant des intellectuels et journaliste intéressants comme Alain Badiou, Etienne Balibar, Denis Siefert les cautionnent par leur signature de cette pétition. Ont-il défendu Georges Frèche qualifiant les Harkis de « sous-hommes » ou les discours puants de Zemmour et Finkelkraut ?

Le « Souchien » de Boutjelda, le « bruit et l'odeur » de Chirac

Bien sûr, les difficultés de ces jeunes « anti-Blancs » peuvent expliquer leurs réactions. De plus en plus « ghettoïsés », ils se replient sur leurs quartiers comme les personnages de l'excellent roman « Bienvenue à Oakland » : tiraillés entre le désir de quitter leur patelin et leur amour pour lui. Certains sont pour « La France aux Français », une minorité commence à prôner « La cité pas aux “Souchiens”. Deux impasses.

Sans conscience politique et historique, ils s'en prennent aux Blancs proches d'eux. Pour autant, doit-on minimiser leurs faits et gestes ? Pas leur faute… comme les skins imbibés de bières et au chômage qui ratonnent à coups de battes de base-ball. Pourtant militants associatifs, politiques et artistes, n'hésitent pas à juste titre à condamner les actes racistes des skins. Mêmes actes, pas la même couleur de peau.

N'en déplaise aux pétitionnaires, le “Souchien” de Houria Boutjelda est l'équivalent du “ bruit et l'odeur ” (Chirac), de “Durafour crématoire” (Le Pen), du “point de détail de l'Histoire ” (Le Pen)… et de tous les “sales bougnoules ou nègres”.

Houria Bouteldja et l'Agrif sont-ils interchangeables ? En tout cas, ils naviguent dans les mêmes eaux nauséabondes. Et cherchent à noyer les valeurs de la démocratie.

Sûrement sincères, les signataires de la pétition me semblent loin des réalités ou aveuglés par leur bataille contre l'Agrif – le procès se tient le 12 octobre à Toulouse. Une lutte certes importante en ces temps où l'Histoire repasse ses… poubelles. Mais pas une raison pour soutenir la porte-parole des Indigènes de la République qui, sous couvert de combats parfois légitimes, claironne sa haine des “Souchiens”. Attention à l'antiracisme à couleur variable.



Bouteldja : "il faut éduquer les sous-chiens : les blancs"


RAPPEL  :
Charmants propos  de Houria Boutelja

« Un Blanc gentil, on n’y croit plus ! Oui on en est là. Parce qu’on a tout fait… On a tout exploré. On est parti de chez nous. On vous a aimées. On a voulu faire comme vous : les filles en mini-jupe, les mecs en costard-cravate, les cheveux décolorés … on a parlé le français mieux que vous, on a mangé du porc, on est sortis avec des Français, des Françaises, on a insulté nos parents, on a rampé… On a été violents, on s’est battus…On vous a tant aimé-e-s ! Et on s’est trouvés devant un mur d’ ARROGANCE…Donc après ça, on se dit qu’il n’y a rien à faire. Alors l’appel des Indigènes dit : « Merde. » Il propose de partir sur des bases saines. C’est là que c’est un cadeau qu’on vous fait. Prenez-le : le discours ne vous plait pas…mais prenez-le quand même ! Ce n’est pas grave, il faut que vous le preniez tel quel ! Ne discutez pas ! Là, on ne cherche plus à vous plaire ; vous le prenez tel quel et on se bat ensemble, sur nos bases à nous ; et si vous ne le prenez pas, demain, la société toute entière devra assumer pleinement le racisme anti-Blanc. Et ce sera toi, ce seront tes enfants qui subiront çà. Celui qui n’aura rien à se reprocher devra quand même assumer toute son histoire depuis 1830. N’importe quel Blanc, le plus antiraciste des antiracistes, le moins paternaliste des paternalistes, le plus sympa des sympas, devra subir comme les autres. Parce que, lorsqu’il n’y a plus de politique, il n’y a plus de détail, il n’y a plus que la haine. Et qui paiera pour tous ? Ce sera n’importe lequel, n’importe laquelle d’entre vous. C’est pour cela que c’est grave et que c’est dangereux ; si vous voulez sauver vos peaux, c’est maintenant. Les Indigènes de la République, c’est un projet pour vous ; cette société que vous aimez tant, sauvez-là… maintenant ! Bientôt il sera trop tard : les Blancs ne pourront plus entrer dans un quartier comme c’est déjà le cas des organisations de gauche. Ils devront faire leurs preuves et seront toujours suspects de paternalisme. Aujourd’hui, il y a encore des gens comme nous qui vous parlons encore. Mais demain, il n’est pas dit que la génération qui suit acceptera la présence des Blancs. « 

Source : « On vous a tant aimé·e·s ! ». Entretien avec Houria Boutelja, initiatrice du Mouvement des Indigènes de la République et de l’association féministe Les Blédardes. Réalisé par Christelle Hamel et Christine Delphy, juin 2005






Commenter cet article