Lyondellbasell-Berre : chronique ordinaire de la soif de profitsPublié dans : Hebdo Tout est à nous ! 118 (06/10/11)

Publié le

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«  Malgré les efforts des salariés et de la direction, la raffinerie continue de subir de lourdes pertes et ne parvient pas à devenir rentable. Sans réelle perspective de rachat, nous avons donc l’intention d’engager une procédure de consultation sur un projet de fermeture de la raffinerie. »
Tout est dit, ou presque, dans ce communiqué froid et laconique du 27 septembre, émis par la direction du site berrois de LyondellBasell-Industrie.

L’histoire de la pétrochimie à Berre-l’Étang (Bouches-du-Rhône) se confond avec celle de l’industrie et du capitalisme au xxe siècle. Avec l’avènement de la voiture, du pétrole puis la construction du terminal pétrolier de Fos, le pourtour de l’étang de Berre devient une des plus grandes zones pétrochimiques d’Europe (Shell, Total, BP-Ineos, Esso, LyondellBasell et leurs sous-traitances).

En 1929, la première raffinerie à Berre est construite par une filiale de Saint-Gobain. Celle-ci, après fusion avec d’autres groupes multinationaux, crée La Shell qui devient à Berre, à 30 km au nord de Marseille, un pôle d’emploi drainant une main-d’œuvre importante qui s’organise fortement autour de la CGT. En conséquence, le modèle social qui se construit sur la ville présente quelques acquis de hautes luttes : salaires, habitat, éducation, culture, infrastructures sportives…

En 2007, les bénéfices de Shell-Berre ne sont plus suffisants pour la compagnie qui a plus à gagner sur des marchés émergents, plus prometteurs, au premier desquels la Chine (Shell décide, en janvier 2011 d’y investir 5, 7 milliards d’euros). Shell vend alors ses trois sites français. Ainsi Shell-Berre devient en 2008 Berre-LyondellBasell… from Texas.

Le 31 mai 2011, LyondellBasell-Industrie (LBI) met à son tour en vente la raffinerie de son site pétrochimique de Berre. Comme l’explique Francis Duseux, PDG de Esso-France, de passage à Marseille le 11 avril dernier : « Dans le raffinage, contrairement aux idées reçues, les marges réalisées sont faibles ». Mais pour LBI visiblement, les bénéfices sont déjà pris (4 milliards de profits en 2010), le processus de vente est alors bâclé en trois mois par la direction. Le 27 septembre, le couperet tombe : il n’y a pas de temps à perdre, mieux vaut simplement fermer la raffinerie. C’est sans doute le début du démantèlement du site pétrochimique de Berre qui s’amorce, car personne ne voit comment un tel complexe peut vivre sans une raffinerie en son sein.

Un désastre social et écologique
Aujourd’hui, LBI fait le choix d’aller développer son activité et ses profits sous des cieux plus lucratifs encore, en laissant derrière elle un désastre social et écologique. Sans solution de reconversion, 370 emplois directs sont visés, auxquels il faut rajouter 1 500 emplois induits et sous-traitants, et un site à dépolluer.

Car s’il y avait quelques acquis sociaux à défendre à Berre, la question écologique a toujours été un problème réel mais tabou, au nom de l’inénarrable chantage « l’écologie ou l’emploi ». Sur l’étang de Berre, il y a depuis longtemps un nuage violet aussi inesthétique que permanent, les sites Seveso1 sont au nombre de 42, le taux anormal de maladies allergiques et cancers est avéré, et le 7 août dernier, un « inoffensif » nuage de couleurs sans nom s’est bizarrement dégagé du site LBI sur l’est de l’étang et le nord de Marseille (300 000 habitants). Nuage qui justifia une alerte téléphonique à Berre, l’évacuation de la plage de Vitrolles et la fermeture de l’aéroport. Alors que la question de la disparition du site et des emplois devient un risque réel, la question écologique demeure. Qui doit assurer la dépollution du site ? C’est une question qui relève de la responsabilité des pouvoirs publics, avant que les holding foutent le camp et qu’il revienne aux contribuables d’en assurer la charge.

En attendant, à Berre, on lutte
À l’annonce de la fermeture de leur raffinerie, les salariés ont ressorti les braséros encore chauds du conflit des retraites, et ont décidé la grève et l’occupation. C’est l’entame d’une lutte terrible qui confronte directement au cynisme d’un système capitaliste seulement guidé par l’appât des profits. Il y a ici, comme pour les Fralib de Gémenos, les éléments d’un nouveau combat emblématique de la lutte des classes entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui font travailler leur argent. Il y a surtout là, une bataille dans laquelle se joue la condition et l’honneur de centaines de travailleurs, de travailleuses et leurs familles.
Le NPA apporte tout son soutien au combat engagé par les salariés de LBI-Berre, appelle à la solidarité de toutes et tous autour de leurs actions et à une convergence des luttes qui se mènent actuellement dans la région pour maintenir l’activité industrielle.

Christophe Barnier

1. Directive européenne recensant les sites industriels à risque.

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