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Chatel piqué par le rapport Kepel sur l'éducation prioritaire

Sébastien Leban
Étudiant
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Le ministre de l'Education, Luc Chatel, s'est senti visé par un rapport de l'Institut Montaigne paru la semaine dernière.

Dans « Banlieue de France », l'équipe de chercheurs dirigée par la professeur Gilles Kepel décortique les problématiques des zones d'éducation prioritaires (ZEP), entre autres thèmes, au travers d'une centaine d'entretiens menés dans sept langues avec les habitants de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, en Seine-Saint-Denis.

Cette enquête de terrain a duré près d'une année, six ans après les émeutes des banlieues françaises.

Le conseiller d'orientation, plus détesté que le flic

Selon le rapport, 150 000 personnes par an quittent le système scolaire sans diplôme. Par ailleurs, 50% des élèves du territoire scolaire de Clichy-Montfermeil, sont orientés en CAP-BEP au sortir du collège et n'intégreront jamais le lycée. On apprend aussi que l'école de la République enregistre le retard scolaire le plus important chez les élèves de 15 ans parmi les pays de l'OCDE.

Les conclusions de l'enquête font émerger un constat surprenant : la figure du conseiller d'orientation est la plus détestée par les jeunes collégiens, loin devant celle du policier. On y apprend également le décalage ressenti par les jeunes entre la formation reçue et la réalité de l'insertion sociale.

Hamza, informaticien d'origine turque interrogé dans le cadre de l'enquête témoigne :

« Les trois-quarts de mes copains, ils ont été éjectés en BEP ! »

Point positif, qui revient chez plusieurs enquêtés, la capacité des professeurs à détecter des talents, au cas par cas. Murat, 35 ans, d'origine turque, l'un des chefs d'entreprises les plus prospères de la zone franche urbaine :

« A l'époque, on avait une très bonne orientation. On avait des profs qui étaient très présents et qui savaient aussi cerner, je dirais, en fonction de chaque personne, chaque lycéen ».

Lu Chatel a répondu « travaill[er] à remplacer une orientation subie par une orientation choisie, progressive et réversible, au collège comme au lycée ». Le ministre rappelle qu'aujourd'hui, « l'Education nationale consacre plus d'un milliard d'euros à l'éducation prioritaire, même si la réponse n'est pas uniquement une affaire de moyens ». Il insiste sur la mise en place de modules en classe de quatrième et troisième afin de découvrir les métiers et les formations. Du côté du lycée, un accompagnement personnalisé et des stages-passerelles ont été proposés pour assurer les réorientations.

Une baisse de fréquentation des cantines, donc de la socialisation

Le rapport souligne que malgré les efforts consentis dans le cadre de l'éducation prioritaire, la France voit progresser, en même temps que le nombre de ses bons élèves, celui de ses mauvais. On apprend que 22,5% des Français peinent à extraire une information d'un texte ou à en dégager l'idée-force. Ce constat nourrit les critiques les plus sévères contre la politique des ZEP.

Le rapport met également en lumière le contraste entre les établissements de Clichy-sous-Bois et de la commune voisine du Raincy, qualifiée de « bourgeoise ». Il ressort que « d'un côté, [il y a une] forte présence des enfants d'ouvriers et sans emploi, de nationalité étrangère, fréquentant peu la restauration scolaire, de l'autre, [une] forte présence d'enfants de cadres supérieurs, [une] quasi absence d'enfants d'ouvriers, de nationalité étrangère [et] peu de boursiers ».

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De plus, le rapport Pisa 2009 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) indique « un déclassement régulier du système éducatif français depuis une décennie, dans sa capacité à assurer la réussite des élèves les plus défavorisés ».

Selon l'équipe du professeur Kepel, la solution existe et réside dans une meilleure articulation de l'éducation et de la politique de la ville. Une réflexion intéressante a aussi été menée sur la baisse de fréquentation des cantines, entraînant avec elle son rôle de socialisation.

Kepel « ne donne la parole qu'aux habitants »

Luc Chatel rappelle que depuis la suppression de la carte scolaire, le gouvernement a fondé une politique « d'approche individualisée visant à effacer les déterminismes sociaux et culturels ». Il mentionne une « autonomie accrue accordée aux acteurs de terrain et la réussite du dispositif Eclair et des internats d'excellence » à l'image de celui Noyon (Oise).

Le ministre insiste sur « la main tendue » du gouvernement en matière de politique territoriale dans les quartiers envers les maires, départements et régions et qui n'a pas reçu de réponse favorable de la part de la Seine-Saint-Denis.

Enfin, le ministre de l'Education tâcle la méthode des enquêteurs en précisant que « le parti pris a été de ne donner la parole qu'aux habitants et non aux acteurs institutionnels qui ne peuvent nuancer des propos souvent à charge ».

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