"Charia Hebdo" : le mépris aurait été préférable vu d'Algérie dans Le Quotidien d'Oran

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"Charia Hebdo" : le mépris aurait été préférable

L'attentat contre Charlie Hebdo doit être condamné avec vigueur au nom de la liberté d'expression, écrit l'éditorialiste du Quotidien d'Oran. Qui en use lui-même pour dire tout le mal qu'il pense de l'hebdomadaire satirique. Un point de vue pour le moins polémique.

03.11.2011 | K. Selim | Le Quotidien d'Oran




Charlie Hebdo, on est avec toi !







Charlie Hebdo, on est avec toi !Charlie Hebdo, on est avec toi !
Charlie Hebdo, on est avec toi !








Une personne lit la dernière édition de Charlie Hebdo, Paris, 1er novembre 2011.

Une personne lit la dernière édition de Charlie Hebdo, Paris, 1er novembre 2011.

La liberté d'expression est sacrée. Ainsi soit-il ! Puisqu'il faut montrer patte blanche, commençons donc par condamner avec sincérité l'attaque lancée contre Charlie Hebdo et son sous-titre [dans son édition du 2 novembre] : "Charia Hebdo". Oui, condamnons la violence, qu'elle soit le fait de musulmans ou non. Condamnons-la au nom du principe car elle est toujours un argument faible. Et si elle est le fait de musulmans – encore une fois, nous n'en savons rien –, condamnons-la en plus pour sa stupidité et sa niaiserie politique. Car, exerçons notre liberté d'expression, c'est exactement la réaction souhaitée par Charlie Hebdo. Et il obtient le buzz et le soutien de la France politique de la gauche à l'extrême droite. Il aura vite des locaux et il vendra beaucoup et se fera beaucoup d'argent. L'affaire se cumulera aux actes d'accusation sans fin contre les musulmans et la menace qu'ils représentent.

C'était stupide de s'attaquer aux locaux de Charlie Hebdo, journal qui, paraît-il, a été de gauche mais qui est aujourd'hui franchement du côté de l'extrême droite. Un nouvel "intransigeant" qui bouffe du musulman pour un oui et pour un non. Ignorer cette chose puante est la seule réaction intelligente. D'autant que l'allumage des musulmans par les caricatures a déjà fonctionné et que l'on devrait avoir appris à traiter les provocateurs par le mépris.

On ne sait toujours pas si ce sont des musulmans qui ont attaqué les locaux du journal, même si toute la France, de la gauche à l'extrême droite, a décidé que c'était le cas. Mais au nom de la liberté d'expression et du droit illimité à la spéculation, rien n'interdit – jusqu'à preuve du contraire – d'imaginer un coup tordu destiné à mettre en accusation les musulmans de France. Mais condamnons, condamnons ! La liberté d'expression est sacrée. Et donc cela ne doit pas nous empêcher de faire une lecture politique de la "charia hebdo" qui est censée être une réaction à la "mauvaise pente" qu'aurait prise la Tunisie après des élections libres et honnêtes, de l'aveu général. C'est parfait.

Des amis français qui ne veulent que du bien aux Tunisiens et qui s'inquiètent de leur avenir, on ne va pas rechigner. Donc, on s'attendait à ce que Charlie Hebdo règle son compte à l'homme politique qui monte, Rached Ghannouchi, et à Ennahda. Charlie Hebdo aurait été en plein sujet. Les Tunisiens n'ont pas élu, le 23 octobre, le "prophète Mahomet", ils ont élu des représentants de partis politiques. Nos très chers amis avaient toute latitude de se demander à quelle sauce les droits des femmes seront mangés par les nouveaux dirigeants de la Tunisie et même de s'inquiéter pour les libertés des hommes. On peut donc légitimement, au nom de la liberté d'expression, estimer que remettre le prophète dans le "jeu" était hors sujet. Et que tout cela n'était animé que d'un souhait de réaction hostile alimentant la pub d'un canard qui pue la haine et la détestation du musulman, qu'il soit de gauche ou de droite, croyant ou athée.

L'attaque contre les locaux de Charlie Hebdo est à condamner avec vigueur.

Mais il parait qu'il est "politiquement incorrect" de dire que Charlie Hebdo est un journal de merde ! Que cela soit dit. Au nom de la liberté d'expression.



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Les locaux de Charlie Hebdo incendiés: Nouvelle provocation autour de l'image du prophète

par Salem Ferdi

Les locaux de la rédaction de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo ont été en partie détruits dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 novembre par un incendie volontaire. Deux personnes auraient été aperçues dans la nuit en train de jeter des «engins incendiaires» contre le siège du journal qui devait publier, mercredi, un numéro sur-titré «Charia hebdo» avec une caricature de «Mahomet, rédacteur en chef». On pourrait sur-titrer toute cette histoire par une nouvelle provocation-pub réussie. Au-delà de toute attente. Charlie Hebdo a eu, comme beaucoup de médias en France, de l'urticaire et des démangeaisons après le vote «incorrect» des Tunisiens. Son numéro de «Charia Hebdo» avec le prophète «Mahomet» comme rédacteur en chef est donc la première grande provocation post-élection en Tunisie. L'hebdomadaire aurait pu croquer le chef d'Ennahda comme bon lui semble puisqu'il s'agit en théorie de lui et des présumées menaces qu'il fait peser sur les libertés. Mais les islamistes tunisiens ont montré qu'ils étaient d'une grande placidité et ont choisi de ne pas s'énerver face à leurs détracteurs.

CROQUER «MAHOMET» POUR CRITIQUER GHANNOUCHI !

Ghannouchi a même demandé à Juppé de garder les yeux bien ouverts après les avoir si longtemps fermées sur le régime de Ben Ali. Charlie Hebdo a donc considéré que croquer Ghannouchi ou les nouveaux dirigeants libyens ne «rapporte» pas. Il a choisi, une fois de plus, de placer la barre haute en rejouant du «Mahomet» par-ci et par-là. La recette a déjà été usitée par le passé et le coup de pub assuré pour peu que des musulmans émotifs se mettent à tomber dans le panneau du marketing bien rodé autour de la personne et de l'image du prophète. Même si l'écrasante majorité des musulmans hausse les épaules face à ces manœuvres, il se trouvera toujours quelques-uns à réagir comme prévu par les concepteurs de la provoc à coups de dénonciations et de menaces. Mais là, avec un cocktail Molotov qui a incendié ses locaux dans la nuit du mercredi, Charlie Hebdo a eu un peu plus que ce qu'il désirait. Mais comme rien ne se perd dans le marché de l'islamophobie et de la guerre des civilisations, voilà Charlie Hebdo en martyr de la liberté d'expression. Tout bénef. Le piège se referme mécaniquement. Les musulmans – pas les islamistes, les musulmans globalement et dans le détail – sont campés dans le rôle des méchants pourfendeurs de la liberté d'expression. Charlie Hebdo intronisé première victime de «l'hiver islamiste» qui aurait pris le relais du «printemps arabe».

ET ON REFAIT LE MATCH

En France et en Europe, la liberté d'expression est «sacrée», les croyances des uns et des autres ne lui sont pas opposables. C'est juste… quoique l'on sache que tout ne peut pas se dire en France… Bien entendu, ceux qui ont jeté des cocktails Molotov – on ne sait pas bien entendu qui en sont les auteurs mais on accuse déjà les musulmans – contre le siège de Charlie Hebdo sont condamnables. La violence est toujours une mauvaise réponse même quand on a le sentiment d'être délibérément agressé et provoqué. Elle donne une victoire facile aux islamophobes et aux racistes. Le concert unanime et prévisible des condamnations de l'incendie le montre aisément. Et ces condamnations, sans attendre la détermination des auteurs, a déjà désigné le coupable : l'Islam, les musulmans. Le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, n'en doute pas, même s'il prétend faire une «très nette distinction entre ceux qui vivent leur foi de façon paisible et ceux qui veulent faire de l'islam un élément de conquête, d'impérialisme intellectuel à l'égard de la société, et, pour certains d'entre eux encore, se livrent à des agressions». François Hollande, candidat socialiste à la présidence, a également condamné et exprimé sa «solidarité à l'égard de la rédaction et des lecteurs de Charlie hebdo». «Ces actes démontrent que le combat pour la liberté de la presse et le respect des opinions demeure permanent, et que le fondamentalisme doit être éradiqué, sous toutes ses formes», a-t-il indiqué. Le maire de Paris est, lui, «révolté». «Tout acte violent pour mettre en cause cette liberté doit être condamné avec la dernière fermeté de la même manière qu'il y a eu aussi les intégristes chrétiens qui ont contesté une pièce de théâtre au Théâtre de la Ville, c'est inadmissible … On peut ne pas être d'accord avec le numéro de Charlie Hebdo aujourd'hui, mais nous sommes dans une société qui a besoin d'une liberté d'expression». Le Front National participe lui aussi à ce concert unanime de condamnation : «L'attentat contre Charlie Hebdo est à la fois une atteinte à la liberté de la presse et une agression contre la laïcité». «L'Union nationale» est ainsi faite autour de Charlie Hebdo. Les représentants officiels des musulmans de France, à l'image de Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), sont dans l'inconfort. M. Moussaoui souligne, avec pertinence, qu'il ne voit pas de lien entre «ce qui se passe en Tunisie et en Libye et le fait de caricaturer le prophète». Tout en affirmant que «rien ne justifie d'agir en dehors de la loi», il a déclaré que le CFCM continuera à dénoncer «tout dessin sur le prophète car les musulmans ne sont pas prêts à accepter ces caricatures. Dans le même temps, ils doivent accepter et comprendre que, dans nos sociétés, le rapport au sacré n'est pas le même pour tous».





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