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Trotski hors pistes pour 2012
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Par LILIAN ALEMAGNA et CHRISTIAN LOSSON : Libération du 25/11/2011
vendredi 25 novembre 2011 - 16h49
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C’est Alain Krivine qui le dit : « La crise économique actualise plus que jamais ce que la gauche anticapitaliste apporte, sourit le cofondateur de la Ligue communiste révolutionnaire. On n’apparaît plus comme des zombies ! » Mais pourquoi, en ces temps « d’horreur économique », les deux partis d’extrême gauche sont aujourd’hui renvoyés à la figuration de morts-vivants dans la séquence présidentielle de 2012 ? Cruel constat : le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et Lutte ouvrière (http://photo.europe1.fr/infos/politique/philippe-poutou-npa-maxppp-930620-602835/10966295-1-fre-FR/philippe-poutou-NPA-MAXPPP-930620_scalewidth_630.jpgLO) rament en cet automne préélectoral pour atteindre, à eux deux, la barre des 2 % dahttp://www.drapeaurouge.fr/blog/images/Alain_Krivine.jpgns les sondages. Le plus bas niveau pour l’extrême gauche depuis 1974.« Une catastrophe absolue », se lamente un théoricien des « multitudes » chères à Toni Negri. Les beaux jours trotskistes semblent loin. Lorsqu’en cette année 2002 Arlette Laguiller (LO) cartonnait avec 5,72 % et Olivier Besancenot, jeune premier de 28 ans de la LCR, flambait avec ses 4,25 %. Une présidentielle avec 10 % au premier tour : un record. Dix ans plus tard, inconnus du grand public, leurs successeurs, Nathalie Arthaud (LO) et Philippe Poutou (NPA), jouent les lanternes rouges). Pire : « Les voitures balais de la gauche radicale », avoue une jeune militante. La crise de 2008 leur offrait un boulevard ? Celle de 2011 devrait faire grimper la cote de leurs candidats ? « Elle est notre cercueil », peste un militant, qui essaie d’ouvrir des brèches « en tentant d’infiltrer » les Indignés. « La destruction de l’espace démocratique par l’hyper-présidentialisation nous a asphyxiés », avance Samuel Johsua, du NPA. Paradoxe. La gauche anticapitaliste victime de la crise du capitalisme ? « Les solutions proposées par l’extrême gauche constituent un saut vers l’inconnu, pointe Florence Johsua (la nièce de Samuel), docteure en sciences politiques à l’IEP de Paris. Or, la crise accentue la peur et crée un désir de sécurité. D’où, à l’inverse, une extrême droite forte : fermer les frontières, sortir de l’euro, réactions xénophobes de rejet de l’étranger… » Vrai. Mais ça ne suffit pas. « La réalité, c’est que le large électorat de Besancenot et Laguiller était antilibéral mais pas anticapitaliste », estime Stéphane Rozès, politologue et patron de CAP (Conseils, analyses et perspectives). Et qu’aujourd’hui le désir de changer de monde pollinise moins que le désir de réformer, déjà, le système actuel. Surtout : les mots anti-système, la rhétorique anti spéculation, irriguent tout l’échiquier politique…« L’électorat potentiel de l’extrême gauche ne veut pas des idées abstraites mais une alternance de gauche ! » assure ainsi Philippe Raynaud, professeur à Paris-II. En 2002, au sortir du gouvernement Jospin, l’électorat de gauche pouvait se faire plaisir à rougir son vote. En 2012, dix ans après le « trauma » du 21 avril, « il est plus attirant d’utiliser l’autoroute que la route départementale, pour se débarrasser de Sarkozy », ironise Pierre-François Grond, membre de la minorité du NPA, courant prêt à discuter avec le Front de gauche.

RÉVOLTE. Une extrême gauche victime donc du vote utile. Mais aussi de ses erreurs de tactique et de stratégie. « On n’est pas parvenus à rénover notre parti », admet Samuel Johsua. L’extrême gauche « s’est endormie sur ses facilités verbales, ses vieilles lunes, sa surenchère face au Front de gauche et au PS au lieu d’explorer de nouveaux territoires idéologiques », flingue Yann Moullier-Boutang, économiste et directeur de la revue Multitudes. Sévère ? Injuste ? « Nous avons un besoin de recrédibiliser un projet de rupture avec le capitalisme », reconnaît Frédéric Borras, membre de la direction du NPA et de la minorité. « L’intervention dans le champ politique doit être subordonnée aux mobilisations, dans les entreprises, dans les quartiers populaires », complète Gaël Quirante, également de la direction du NPA. Peut-être, mais, pour l’instant, la révolte ne frémit guère… Principal bénéficiaire des « abstractions » anticapitalistes – ou de l’absence de concrétisation tangible : Jean-Luc Mélenchon, en alliance « Front de gauche » avec le Parti communiste depuis les européennes de 2009. L’ex-tribun du PS occupe à plein la case médiatique délaissée par Besancenot. Et vampirise donc une partie de son électorat potentiel. « Son discours type “nouveau programme commun” passe mieux », souligne Philippe Raynaud. L’image de « rassemblement » et l’« assise institutionnelle » du Front de gauche lui donnent, selon Florence Johsua, « une prime très forte ». C’est un fait. En trois ans, le NPA a été incapable de transformer l’enthousiasme militant de ses débuts en succès politiques. Les déchirements féministes et laïques autour d’une candidate portant le foulard aux régionales de 2010 n’y ont rien arrangé… LO est, elle, orpheline de l’« effet Arlette », son «  socle électoral porté par le discours ouvriériste de Laguiller disparaît en raison d’une base sociologique qui s’effrite », analyse Philippe Raynaud. Oubliée, donc, « la forme de synthèse qu’avaient su catalyser les figures totémiques de Laguiller et la plasticité de Besancenot », note Stéphane Rozès. Peut-être, aussi, des modes de fonctionnement dépassés ? « C’est une vraie question, avoue Samuel Johsua. Le Nouveau Parti anticapitaliste marche sur deux jambes : le parti et les mouvements sociaux. Les seconds ont perdu. » Le premier boite sévèrement…

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8e/Arlette_Laguiller.jpg/200px-Arlette_Laguiller.jpgFANTÔMES. « LO comme le NPA sont déphasés, pyramidaux, arc-boutés sur leurs appareils, critique YannMoullier-Boutang. Ils n’arrivent plus à capter les nouvelles générations. » Précisément l’un des objectifs que s’était fixé le NPA, retombé à 4 000 militants après avoir frôlé les 10 000… Exception française ? Convergence continentale plutôt. « La France est aussi à l’image de l’extrême gauche en Europe qui baisse ; au Portugal, en Allemagne, même au Pays-Bas où elle a fait jusqu’à 18 % », note Christophe Aguiton, chercheur et ex-adhérent à la LCR. « La gauche radicale est censée représenter les couches populaires qui s’abstiennent, avance Willy Pelletier, responsable de la Fondation Copernic et proche du NPA. Or, les collectifs de travail sont aujourd’hui atomisés. » Balkanisés. Sans parler des fantômes communistes qui dorment encore dans les placards : « On se débat encore dans les décombres du mur de Berlin ! » dit Frédéric Borras du NPA. « L’effondrement de l’URSS a eu pour conséquence de fragiliser la conviction qu’un autre système était possible, souligne Florence Johsua. La LCR et LO, qui ont constamment lutté contre le stalinisme, subissent les effets de cette fragilisation du principe d’espérance. »

ALTERNANCE. Leur indicateur de bonne santé est indexé sur celui des mobilisations. L’échec sur les retraites les aurait affaiblis ? « Cela n’y change rien, écarte Aguiton. L’extrême gauche partidaire n’est plus perçue comme un débouché politique. » Plus que jamais, donc, la militance radicale s’expérimente ailleurs. « L’extrême gauche irrigue désormais les associations, les mouvements sociaux », observe, de son côté, Annie Pourre, co-fondatrice de Droit au logement (DAL) et de Droits devant !!. Il faut donc désormais distinguer les partis d’extrême gauche de… la gauche radicale mouvementiste. Les militants de la politique partidaire, et ceux de la politique « hors-sol ». Gustave Massiah, membre du conseil international du Forum social mondial : « Les seconds ont abandonné l’idée du grand soir et accepté le principe d’une transition pour remettre en cause le système capitaliste, souligne-t-il. Ils acceptent de répondre à l’urgence (fiscalité, redistribution, socialisation de la finance…) pour construire une autre société. L’extrême gauche partidaire ne répond, elle, à aucune de ces questions. Normal qu’elle soit en crise. » Associations et collectifs éphémères, réseaux horizontaux ou engagements locaux aimantent davantage les sympathisants d’extrême gauche déçus des débouchés politiques. Un désenchantement de l’extrême gauche « made in » parti politique ?« Oui, tant que durera la crise, estime Stéphane Rozès. Car ceux qui sont touchés par la mondialisation comptent sur les remparts de la République, une protection nationale. » Les jeunes, les ouvriers –socle traditionnel de la gauche radicale– auraient, selon lui, une tendance au repli. Préférant une figure plus populaire ou tribunicienne « à la Mélenchon ». Jusqu’à quand ? Pas longtemps, veut croire Samuel Johsua : « Attendez le troisième plan de rigueur que le gouvernement va être contraint de faire, et vous allez voir, ça va rugir. Si les mouvements sociaux ne sont pas anticapitalistes, le fond de l’air l’est viscéralement : reste à montrer comment on peut en sortir. » L’extrême gauche compte aussi sur son meilleur ami naturel pour se refaire : « Les sociaux-libéraux, contre lesquels on a toujours capitalisé historiquement », résume un penseur de l’anticapitalisme français. Vivement, donc, la prochaine alternance… « Si le PS l’emporte, cela ouvrira un nouveau contexte d’opportunités politiques à gauche de la gauche institutionnelle », insiste Florence Johsua. Alain Krivine ne dit pas autre chose : « Quand la gauche gagne, la gauche anticapitaliste est toujours plus forte. Elle se renforce de la déception des gens qui ont voté à gauche. » Comme en 2002.http://www.lepolitique.com/actu/affiches/histoire/krivine.jpg

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