Dossier :Gaza : brisons le blocus !

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Dossier :Gaza : brisons le blocus !

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Du 4 au 10 mars, une délégation comprenant des militantEs du NPA a été invitée à Gaza par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Ce parti regroupe 3 000 militantEs à Gaza (ce qui équivaudrait en France à un parti de 100 000 personnes !), qui agissent dans tous les secteurs de la société, et subissent par ailleurs la répression israélienne et parfois des actes d'autoritarisme du Hamas.
L'accueil qui nous a été réservé témoigne de l'intérêt du FPLP pour les relations avec le NPA. Déjà en 2009 une délégation conduite par Olivier Besancenot en Cisjordanie avait reçu un accueil chaleureux.
De nos échanges, de nombreuses convergences se sont confirmées quant à la crise du système capitaliste et au rôle néfaste de l'impérialisme. L'approche concernant le processus de révolte en Syrie a marqué une certaine différence d'appréciation. Pour autant, la nécessité de développer partout le mouvement populaire contre le capital et les régimes à sa solde, et de mieux coordonner les « forces révolutionnaires » sont des préoccupations partagées.
Ce dossier souhaite rendre compte de différents aspects de notre séjour à Gaza.


Rencontre avec le Front d'action syndicale
Il s'agit d'un front regroupant des camarades du FPLP investis et exerçant des responsabilités dans différentes branches syndicales à Gaza. Lors de cette rencontre étaient présent les secteurs de l'information, de l'éducation, du bâtiments, des ingénieurs…
Une description de la situation catastrophique des travailleurs de Gaza : plus de 40 % de chômeurs, une économie sous perfusion internationale, 54 % des salariéEs sont dans les administrations ou les grandes ONG. Une paupérisation massive qui place 65 à 70 % de la population en-dessous du seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 2 dollars par jour pour vivre, le salaire moyen est de 227 euros par mois, inférieur à la Cisjordanie (462 euros). Et le blocus frappe durement les travailleurs : il n'y a plus de travailleur gazaoui qui puisse aller travailler en Israël.
Une économie entravée
Les accords de Paris, signé en 1994 dans la poursuite de la déclaration d'Oslo, maintiennent l'économie palestinienne sous domination israélienne, l’État israélien imposant ses propres normes et différentiels de tarifs ainsi que les produits et volumes d'échanges permis à la production palestinienne. De plus les entreprises palestiniennes doivent passer des accords avec les entreprises israéliennes pour pouvoir exporter leur production. Cet accord pèse lourdement sur le développement économique.
Depuis 2006, le blocus de Gaza n'a fait qu'empirer la situation économique et par voie de conséquence la paupérisation de la population. Les productions agricoles, les exportations et importations sont limitées drastiquement par l'occupant, les tunnels de contrebande fournissent les marchandises qui de ce fait ne sont pas produites localement. Les destructions à répétition des entreprises lors des bombardements font par exemple que l'industrie textile est quasiment détruite. Par ailleurs, elle est fortement concurrencée par les produits chinois, et ce sont près de 35 000 emplois qui ont disparu. Le gouvernement de Gaza n'a pas de politique industrielle et d'impulsion de l'économie.
Deux systèmes sociaux
Sur les droits sociaux, deux systèmes coexistent. Dans le secteur privé, pas de retraite, mais une « prime » unique correspondant à un mois de salaire par année travaillée. Concernant la maladie, c'est un système d'assurance privée. Dans le secteur public existe un système public de retraite et de protection face à la maladie. Et depuis 2003, un projet d'indemnisation du chômage est à l'étude, mais sous pression de la Banque mondiale le(s) gouvernement(s) y ont renoncé.
À la différence des camarades de Cisjordanie, nos interlocuteurs de Gaza sont opposés à la création de syndicats indépendants de la confédération syndicale palestinienne (PGFTUP), car d'une part la division affaiblirait le mouvement et d'autre part les tentatives de création de ce type de syndicat dans la bande de Gaza ont donné naissance à des organisations qui n'agissaient « que sur de petits problèmes ponctuels » et de ce fait ont disparu du paysage.
Enfin les syndicats sont partie prenante de la campagne Boycott-désinvestissement-sanctions, et sont présents au sein du bureau national de coordination pour la campagne BDS contre Israël.

Pêcher et cultiver sous l’occupation ?
À Gaza, 1, 8 million de personnes vivent depuis cinq ans sous un blocus imposant des restrictions sur les importations et les exportations et détruisant de facto son économie. Depuis le début de ce blocus, 60 % des entreprises de Gaza ont fermé leurs portes et 80 % de la population dépend de l’aide humanitaire.
La production intérieure a également chuté à cause des restrictions d’accès aux terres agricoles de Gaza par la soi-disant « zone tampon » ou zone d’accès restreint. Il se trouve que 34 % des terres agricoles sont justement proches des frontières. Ces restrictions qui pèsent sur les terres arables ont fait baisser les rendements agricoles annuels de 75 000 tonnes, ce qui représente chaque année une perte de 50, 2 millions de dollars pour les agriculteurs de Gaza. La vie et les moyens de subsistance d’environ 178 000 personnes sont directement touchés, tandis que les frontières de la zone d’accès restreint font souvent l’objet de tirs à balles réelles de la part des forces armées israéliennes.
Accord non respecté
Dans le même temps, depuis janvier 2009, le gouvernement israélien a limité les déplacements des bateaux de pêche palestiniens à trois miles nautiques des côtes de la bande de Gaza, leur interdisant ainsi l’accès à 85 % des eaux territoriales palestiniennes. Dans le cadre du cessez-le-feu conclu le 21 novembre dernier entre Israël et le Hamas, Israël avait marqué son accord pour accroître la liberté de mouvement dans la zone tampon. Et pourtant, dans la semaine qui a suivi, le Centre palestinien pour les droits humains (PCHR) a annoncé que deux Palestiniens avaient été tués et 42 personnes blessées, dont sept enfants, par des tirs le long de la frontière entre Israël et Gaza. Cette zone tampon, appelée « kill zone » par les Gazaouis, inclut les zones agricoles le long du périmètre qui entoure la bande de Gaza, mais aussi la mer.
Dans ce même accord, le gouvernement israélien avait annoncé que la limite pour les bateaux de pêcheurs serait agrandie de 3 à 6 miles nautiques (les accords d’Oslo avaient établi la limite à 20 miles). Mais sur le terrain, l’accès est souvent limité à un mile, pas assez pour atteindre les bancs de gros poissons qui nagent plus loin des côtes. Au-delà, le pêcheur s’expose à des tirs à balles réelles ! En deux mois, après la « trêve », l’Union of Agriculture Work Committees (UAWC) que nous avons rencontrée, recense 40 agressions, six blessés, 42 prisonniers, six bateaux détruits et sept bateaux volés. Le jour de notre arrivée au port, un pêcheur venait de se faire tirer dessus et de se faire confisquer son filet. Dans le même temps, les bateaux israéliens, eux, continuent de pêcher dans les eaux palestiniennes.
Une activité rendue impossible
Le blocus maritime imposé par les autorités israéliennes a réduit la prise de la pêche la plus importante – les sardines – de 90 %, ce qui correspond à une perte annuelle estimée à 26, 5 millions de dollars pour l’économie de Gaza. La conséquence est que l’on est passé de 4 000 pêcheurs à 1 000, que leur revenu est tombé de 1 050 shekels à 300, que 90 % des pêcheurs vivent dans la pauvreté et que cette source importante de protéines n’est plus disponible.
Tous les pêcheurs que nous avons rencontrés s’accordent à dire qu’une pêche satisfaisante ne peut se faire qu’au-delà des sept miles. Ils ont ainsi organisé une manifestation avec leurs bateaux le mois dernier pour dénoncer la politique israélienne de colonisation et d’étranglement de Gaza, mais aussi pour alerter la communauté internationale.
Nous quittons le port, un dernier regard sur ce monument en hommage aux camarades turcs assassinés par l’armée israélienne, alors qu’ils tentaient avec le bateau Karama de briser le blocus. Un monument érigé tel un phare pour témoigner d’une solidarité internationale plus que nécessaire.

Visite de l'hôpital de Jabalia
La bande de Gaza compte 1, 8 million d'habitants, dont 1 million de réfugiés. Ici, les camps de réfugiés sont donc de véritables villes, telle Jabalia. Située au nord de Gaza, territoire le plus peuplé du monde, cette ville de 62 km² compte 20 % de la population gazaoui, soit 300 000 personnes.
Nous avons eu l'occasion de visiter l'hôpital non gouvernemental de Jabalia, construit en 1997. Cet hôpital est géré par le UHCW (Union of Health Workers Commitees), une structure initiée par le FPLP. Il existe 14 hôpitaux publics, et 5 non gouvernementaux. L'UHWC salarie plus de 400 personnes, nécessitant pour leur travail 150 000 dollars par mois. La crise a réduit fortement leur subvention…
La santé victime du blocus
L'hôpital a connu des extensions successives, mais manque cruellement de place : 180 000 personnes le fréquentent chaque année pour divers soins, si bien qu'une même pièce sert à deux ou trois spécialités suivant les heures de la journée. Bien que l'hôpital tente de fournir des services à faible prix, les lits ou les couveuses ne sont pas utilisés car ils coûtent très cher… Et les Gazaouis ne bénéficient d'aucune aide médicale.
Le problème principal de l'hôpital se résume en un mot : le siège. Celui-ci touche tous les aspects de la vie des Gazaouis. Les médicaments mettent plusieurs semaines à être transférés, alors que justement l'occupation a des conséquences dramatiques : amputations, malformations, cancers, accouchements prématurés… De même, l'eau, la mer, le sol, l'air sont très gravement pollués.

Interview : Amir Thouqan, ancien prisonnier expulsé à Gaza
Peux-tu te présenter ?
Je suis né en 1974 dans le camp de réfugiés de Balata situé à côté de Naplouse. Balata est le plus grand camp de Cisjordanie et l'un des plus peuplés avec près de 25 000 habitantEs sur 250 000 m2.
Ma famille est originaire d'Arab as Sawalme, à côté de Jaffa, elle en a été expulsée en 1948 lors de la Nakba. Après avoir erré pendant de nombreuses années en Cisjordanie en 1951, elle s'est installée dans ce camp de l'UNWRA.
Comment en es-tu venu à la lutte armée ?
Les premiers contacts dont je me souvienne avec l'occupant remontent à mes dix ans. Un colon entré dans le camp ayant été attaqué par la résistance, l'armée m'a pris et m’a violemment frappé, alors que je n’avais rien à voir avec cette attaque.
Ensuite, face aux colons et aux soldats, ce fut l’Intifada, celle des pierres et du drapeau national palestinien, de la répression continuelle de tous les Palestiniens. Balata fut un « bastion » de la résistance et, comme chaque jeune du camp, j'ai subi la violence des colons et soldats. Plusieurs membres de ma famille ont été blessés et/ou jetés en prison.
Tu veux dire que dès ta jeunesse tu as été impliqué dans la lutte nationale ?
Oui, je n'ai rien choisi de ma vie ! Ce n'est pas ma volonté de porter des armes, c'est l'occupant qui l'a décidé à ma place, c'est lui qui a fait de nous, de moi, des résistants. Ma vie je l'ai rêvée différente. Très jeune, l'injustice et la violence des colons m'ont attrapé. Je ne pouvais pas faire autre chose que combattre cela, comme beaucoup d'autres de Balata et d'ailleurs. J'ai donc rejoint les brigades Al Aqsa du Fatah.
Peux-tu nous dire les circonstances de ton arrestation ?
Allam, qui était des brigades Abu Ali Mustafa du FPLP, et moi étions recherchés. Les soldats ont trouvé la maison dans laquelle nous étions. Ils nous ont encerclés et sommés de nous rendre. Nous n'avons pas accepté d'être pris sans combattre et nous nous sommes défendus jusqu'à nos dernières cartouches. Les soldats nous ont pris tous les deux, blessés et sans munitions.
Comment es-tu sorti de prison ?
J'étais sur la liste des prisonniers échangés avec Guilad Shalit. Nous avons été libérés sous la condition d'être expulsés à Gaza et interdits de retourner auprès de nos familles à Naplouse. Je ne sais pas quand je pourrai les revoir, peut-être faudra-t-il attendre la libération de la Palestine. Cela arrivera c'est sûr… Inch'allah !

Les étudiantEs aux avant-postes de la lutte
Un tiers de la population gazaouie a entre 18 et 30 ans. À Gaza, il y a neuf universités, un nombre élevé pour un si petit territoire. Mais ce chiffre masque la réalité des conditions d’étude de la jeunesse.
Une seule de ces universités est publique : celle de Al-Aqsa. Dans la pratique, la distinction n’a pas vraiment d’impact sur les frais d’inscription, puisque ceux-ci s’élèvent dans tous les cas autour de 4 000 euros par an (6 000 pour les étudiants en médecine), livres obligatoires (à renouveler chaque année) et transports non inclus. Évidemment, l’exclusion de la jeunesse pauvre se pose avec acuité.
Des bourses sont censées être attribuées, mais au mérite (selon les résultats au bac). En réalité, elles ne sont jamais versées et sont attribuées sur des critères clientélistes.
Combat pour la liberté d'expression
Les manuels utilisés sont principalement égyptiens ou jordaniens, et posent le problème du contenu des enseignements : l’histoire nationale est quasiment absente. Ainsi, on nous a raconté l'exemple d’une étudiante en Beaux-Arts qui, en 4 années d’études supérieures, n’a pas pu étudier l’un des artistes palestiniens les plus connus : Naji al-Ali (le créateur du personnage de Hanthala).
La liberté d’expression est un combat : depuis la victoire du Hamas, pas une seule élection étudiante dans les facs. Des négociations sont en cours pour tenter d’en organiser dans toutes les universités, selon de nouvelles modalités : la proportionnalité. Auparavant la liste arrivée en tête emportait 100 % des sièges. Les facs sont donc actuellement gérées intégralement par le Hamas ou le Fatah, toutes les autres forces politiques devant obtenir un accord administratif pour organiser une quelconque activité.
Les tensions importantes au sein du milieu étudiant suite à la division Fatah/Hamas ont conduit les administrations à interdire toute activité politique. Les étudiants politisés se font donc régulièrement passer à tabac, voire exclure. Par exemple, la plus grande université de Gaza, celle de Al-Azhar, contrôlée par le Fatah, a décidé d’augmenter cette année encore les droits d’inscription. Suite aux protestations étudiantes, une violente répression s’est abattue, conduisant à l'exclusion de plusieurs étudiantEs soupçonnéEs d’en être les leaders. Les flics n’ayant pas le droit d’entrer sur les campus, ce sont en général les services de sécurité de la fac qui se chargent de les leur livrer.
Pressions sexistes
Beaucoup d’étudiantEs peuvent sympathiser avec les idées d’extrême gauche, mais évitent de s’engager sous la pression des amis, de la famille, ou même des enseignants. 95 % des adhésions politiques se feraient donc sur la base d’une politique clientéliste (par exemple, l’obtention d’une bourse), pas par adhésion à un projet politique.
Militer à l’extrême gauche est donc difficile, encore plus quand on est une femme. Les réflexions sexistes, y compris des professeurs, se multiplient. Le gouvernement en place a la volonté d’imposer l’uniforme « légitime » (porter des vêtements selon le code islamique), même si aucune loi palestinienne ou universitaire n’impose cela. Le non-respect du code vestimentaire entraîne parfois l’attribution de notes sous-évaluées.
Les étudiantEs du FPLP que nous avons rencontréEs sont demandeurs d’échanges avec la jeunesse d’autres pays autour de ces campagnes : droit à l’éducation gratuite pour toutes et tous, liberté d’expression, égalité hommes/femme. Avec l’ouverture de la frontière de Rafah, ils espèrent recréer les liens internationaux distendus depuis le siège de Gaza.

Dossier réalisé par la commission Moyen-Orient Palestine du NPA

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