Réforme scolaire, l’éternel chantier

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Le Monde diplomatique

Depuis le 23 septembre et jusqu’au 18 octobre, le ministère de l’éducation nationale invite les 300 000 professeurs des écoles à une « large consultation » sur les programmes en application depuis la rentrée scolaire 2008-2009 : « Quels sont selon vous les principales qualités et les principaux défauts de ces programmes ? » ; « Quelles sont les parties des programmes dont l’application vous a semblé difficile, pourquoi ? » ; « Quelles sont les éléments que vous souhaiteriez voir conservés ? » ; « Quelles sont vos suggestions pour les prochains programmes ? ».

La démarche vise à fournir au Conseil supérieur des programmes (CSP (1)) les éléments qui lui permettront, selon le site du ministère, de « formuler des propositions sur le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, ainsi que sur les programmes d’enseignement (2) ». A leur tour, ces propositions feront l’objet d’une nouvelle consultation auprès des enseignants, avant leur mise en application, échelonnée entre 2014 et 2017... Le journal Le Monde n’a peut-être pas tort d’utiliser le terme de « chantier (3) ».

L’école fait donc, à nouveau, l’objet d’un projet de réforme scolaire dont le ministre Vincent Peillon promet qu’elle assurera la « réussite » de chacun (4). Divers articles publiés par Le Monde diplomatique en éclairent certains des enjeux.

Sur la question des méthodes de lecture, tout d’abord. Globale ? Semi-globale ? Syllabique ? « Les tenants du progressisme pédagogique s’opposent aux méthodes traditionnelles au nom de façons d’enseigner susceptibles de rendre l’enfant plus intelligent en le considérant d’emblée comme le sujet autonome de ses apprentissages. Leurs critiques se réclament, eux, d’une transmission plus efficace des savoirs », expliquait Jean-Pierre Terrail, qui revenait, dans notre édition de septembre 2011, sur les termes de l’une des controverses les plus épineuses et les plus récurrentes du monde de l’éducation.

Sur la question de l’enseignement de l’économie, ensuite. Alors que Le Figaro espérait récemment que les travaux du CSP conduisent à revoir des programmes « considérés comme “gauchistes” (5) », notre dossier de septembre 2013, consacré aux manuels scolaires, en donne une autre image. Comparant les ouvrages scolaires des années 1970 à ceux utilisés aujourd’hui, Sylvain Leder observe : « Les manuels des années 1960 avaient le souci de situer [l’entreprise] dans l’histoire économique en général. Cette démarche visait à souligner qu’elle découlait de processus sociaux et, surtout, qu’elle ne relevait pas d’une nécessité économique. Les manuels contemporains partent d’un postulat opposé : l’existence de l’entreprise capitaliste n’est que rarement interrogée. On préférera s’intéresser aux “contraintes” qu’elle affronte, plutôt qu’aux conflits qui l’ont vue naître. »

Sur la question générale des réformes successives de l’éducation nationale, enfin. La dernière livraison de notre bimestriel Manière de voir, « Feu sur l’école », consacrée à l’enseignement primaire, interroge la logique qui présente « le système éducatif comme remède aux maux de la société ». Observant que, d’un point de vue politique, « l’école offre une singulière martingale » puisqu’elle renvoie à demain la solution des difficultés d’aujourd’hui, Renaud Lambert et Allan Popelard concluent : « Puisque éduquer prend du temps, nul ne saurait raisonnablement attendre d’une réforme scolaire des résultats immédiats. Entre-temps, et dès lors que ceux qui souffrent des iniquités ont été convaincus que leur seule planche de salut consiste à bien "travailler à l’école", nul besoin d’envisager d’autres options politiques. Certaines, pourtant, feraient peut-être preuve d’une certaine efficacité sur la question de l’inégale répartition des richesses : fiscalité plus progressive, resserrement de l’échelle des salaires... Mais l’audace est réservée au domaine de l’école. »

(2) «  Vincent Peillon lance une consultation des enseignants sur les programmes de l’école primaire  », communiqué de presse du ministère de l’éducation nationale, 23 septembre 2013.

(5) Marie-Estelle Pech, «  Ces matières qui font polémique  », Le Figaro, 21 septembre 2013.

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